1. Comment réussir tes descriptions de personnages en science-fiction

2. Comment rendre tes personnages crédibles et mémorables

3. Comment créer des personnages réalistes en 1 minute sur ton smartphone

 

Les descriptions de personnages en science-fiction (et ailleurs), c’est pas facile facile. Enfin, pas pour tout le monde ; tu fais peut-être partie de ceux qui parviennent à peindre sans y penser de véritables Jocondes métaphoriques par écrit. Genre, un personnage que tes lecteurs se représenteront avec clarté dès la première ligne et retiendront tel quel tout le long du récit jusqu’à la page sept cent dix-neuf.

 

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Ce n’est pas mon cas.

 

Pas de description physique ? Pas de problème !

Pour tout t’avouer, c’était tellement difficile que mon premier roman ne devait compter aucune description physique de personnage au départ. Rien, nibe de nibe, queudchi. L’apparence de mes personnages était « laissée à la libre appréciation du lecteur » (à dire sur un ton pédant). Pour que le lecteur, par la magie de la littérature, fasse un transfert inconscient en se projetant lui-même dans la peau de mes héros.

C’est un mécanisme qui a déjà été employé par le passé, y compris par de très grands auteurs. Je suis un lecteur à la peau claire et aux yeux bruns, alors faute de description physique dans le texte, je vais m’imaginer inconsciemment que le héros a la peau claire et les yeux bruns. Je suis une lectrice rousse avec des grains de beauté, alors je vais m’imaginer que l’héroïne est rousse avec des grains de beauté. Terminé, c’est vendu.

Facile et simple : l’imagination du lecteur fait le travail à la place de l’écrivain.

Le lecteur fait cela inconsciemment. Cette technique éprouvée a d’ailleurs un effet pervers : imaginons que tu t’abstiennes de faire la moindre description physique de ton héros jusqu’à la page deux cent quarante-neuf, et que subitement, à la page deux cent cinquante, tu te mettes à décrire sa peau orange, ses cheveux blonds filasse et son éternelle cravate rouge, tu vas le choquer et le perdre aussitôt, parce qu’à ce stade du récit, la construction mentale du personnage par le lecteur aura déjà été faite. Ce sera trop tard.

 

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Make your Descriptions de personnages Great again.

Oui mais voilà, tous les lecteurs ne sont pas logés à la même enseigne quand il s’agit de se projeter dans un personnage. Beaucoup exigent de disposer d’un minimum de repères visuels pour réussir à s’attacher à un personnage jusqu’à la fin du bouquin.

 

Du bon dosage des descriptions physiques

Mais attends, tu vas me dire. De très grands auteurs sont parvenus à limiter leurs descriptions physiques au strict minimum, genre « homme, taille moyenne, habite dans la capitale, porte des complets noirs, change de cravate tous les jours », démerde-toi avec ça.

 

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Fabrice, écrivain scandaleux, démontre sans équivoque avec sa verve somptueuse qu’il fait partie des très grands auteurs en question.

J’entends bien. Le secret de cette technique évasive réside dans le fait que l’auteur est à peu près certain que ses lecteurs ont déjà vu dans leur vie – dans le monde réel, donc – des hommes de taille moyenne avec des complets-cravate qui travaillent dans une grande ville. Cette description pourrait s’appliquer à un patron, un cadre commercial, un retraité des Postes, un clochard aviné ou un Président de la République.

Là encore, l’auteur s’appuie sur le cadre de référence de ses lecteurs pour s’éviter des descriptions détaillées. Il peut même utiliser des archétypes, voire des stéréotypes pour s’éviter des descriptions fastidieuses : une vieille ridée avec des vêtements ringards (paf, tu as l’image), un ado boutonneux avachi et rongé par l’ennui (idem) ou encore un cravaté au sourire blanc éclatant.

 

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Oui c’est lui, m’sieur l’inspecteur ! C’est exactement lui ! Comment vous avez deviné ?

Sauf que voilà : tu écris des récits qui se placent dans l’imaginaire. Et à moins de faire de l’anticipation, ou à la rigueur de dépeindre un monde parallèle au nôtre, dans bien des cas, le cadre de référence de tes lecteurs ne suffira plus. La cravate et le complet sont morts et enterrés dans la plupart de nos entreprises, alors dans dix ans, dans vingt ans ou dans mille, autant dire que ça fera costume folklorique pré-Internet. Je te parie que les Présidents issus des prochaines générations n’en porteront plus.

 

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Notamment parce que ce seront des femmes. (En 3e position, la Première ministre finlandaise, ici avec ses trois principales ministres).

C’est pourquoi en science-fiction, la plupart de nos stéréotypes contemporains ne fonctionnent plus, ou plutôt, ne seront plus crédibles si tes lecteurs sont un tant soit peu intelligents.

Donc, il faut des descriptions physiques. Ce qui est d’ailleurs particulièrement utile dans un monde imaginaire puisque t’en servir pour y glisser, l’air de rien, certaines des caractéristiques dudit monde. Ce qui ne veut pas dire pour autant que tu doives passer d’un extrême à l’autre et accumuler des caractéristiques jusqu’à la nausée. Si je te dis que mon héros principal a la peau café au lait tirant sur le bronze, les cheveux noirs et frisés, une barbe fournie mal taillée, un visage en forme de cœur, un nez rond un peu épaté, une bouche rose et ourlée, des yeux marron brillants avec le regard perçant… et en rajouter encore des lignes et des lignes jusqu’à la taille de sa queue et l’abondance de sa toison pubienne s’il est du genre à échanger des sextos (ou équivalents futuristes) avec ses partenaires, en tant que lecteur, tu ne sauras pas quoi en faire.

 

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Voici un portrait que tu oublieras dans quatre secondes. On serait monté à une bonne minute si ça avait été un sexto, note bien.

Bien sûr, tout cela t’aidera à te le représenter visuellement, mais ce ne sera pour toi que la photo d’un vulgaire anonyme. Tu n’en auras strictement rien à faire, alors que tu vas pourtant devoir te taper le personnage jusqu’à la page sept cent dix-neuf.

 

La description physique du personnage ne fait pas tout

C’est pourquoi la description physique de tes personnages est importante, mais pas essentielle.

Car il existe un second type de description qui représente la véritable pierre angulaire d’un personnage : sa psychologie. Ses buts, ses envies, ses manies, ses sombres desseins, ses secrets, ses névroses, ses mensonges, ce qu’il aimerait avoir et ce qu’il lui faudrait en réalité… sont les véritables descripteurs d’un personnage dans un texte. La preuve en est que, comme je l’ai indiqué au début de cet article, on pourrait tout à fait se passer de descriptions physiques. Mais en aucun cas de descriptions psychologiques.

Reprenons le même personnage décrit physiquement ci-dessus. Mon texte décrit peu ou prou ce héros comme un architecte esthète en quête perpétuelle de beauté absolue, victime d’un vertige maladif des hauteurs, prêt à se changer en criminel si ça peut lui permettre de garder intacte sa relation fusionnelle avec sa compagne (qui ne veut secrètement plus de lui), et qui plonge dans une dépression tendance paranoïde lorsque celle-ci finit par le quitter.

Eh bien, euh… attends, il ressemblait à quoi, physiquement, déjà ?

 

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Voici un architecte névrosé qui a peur du vide et ne supporte pas sa rupture amoureuse.

C’est là l’autre secret qui permet de s’abstraire de toute description physique : l’auteur peut se contenter de la description intérieure de ses personnages, mille fois plus riche et intéressante que de simples traits physiques, pour faire mouliner l’imagination de son lecteur. Le plus beau dans tout ça, c’est qu’on peut même utiliser des archétypes et des stéréotypes psychologiques et s’abstenir de toute description physique : une bigote qui râle sur tout, un étudiant je-m’en-foutiste qui comprend rien aux maths ou encore un self-made-man obsédé par le fric.

 

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Évidemment, je ne te le conseille pas. Les stéréotypes, c’est mal et ce n’est absolument pas la réalité.

 

Le nain, l’elfe et les extraterrestres

S’il est recommandé de faire des descriptions physiques dans les littératures de l’imaginaire en général, la fantasy et le space opera sont même deux genres où la description physique apparaît absolument indispensable.

Impossible de t’abstenir de décrire ton héros nain, orc, elfe, hobbit, ou même humain dans un monde de fantasy, à moins bien sûr d’être un excellent auteur – ce que je te souhaite – qui saura s’abstenir de citer ces « races » imaginaires dans son texte en se contentant d’en décrire les caractéristiques évidentes connues des lecteurs qui ont déjà lu de la fantasy, ou au moins lu un conte dans leur petite enfance avec des ogres et des lutins – c’est-à-dire à peu près tout le monde.

 

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« Court-sur-pattes ne put réfréner son attirance pour les longs cheveux blonds et sensuels du capitaine ennemi et courut à sa suite en dépit du risque mortel. L’Amour serait plus fort, il en était persuadé. »

Impossible aussi de t’abstenir de décrire tes personnages s’ils ont l’amusante particularité de provenir d’une planète différente de celle de tes lecteurs. Parce que si tu ne le fais pas, eh bien tes lecteurs vont reproduire encore une fois le même phénomène de mimétisme envers eux-mêmes et imaginer les « grands extraterrestres mystérieux au langage incompréhensible » comme des humanoïdes d’un mètre soixante-dix à la peau claire avec une pomme d’adam et un larynx comme toi et moi – donc normalement capables de parler une langue humaine, les vilains cachottiers.

Ce qui est un problème si dans ton esprit d’auteur, ces extraterrestres mystérieux sont en fait des blobs de six mètres de haut qui communiquent en moussant et en faisant éclater des bulles d’air.

Lire à ce sujet : Concevoir une technologie alien

Au passage, as-tu remarqué que dans les films de science-fiction – et dans beaucoup d’écrits d’ailleurs – les extraterrestres ont toujours la même couleur de peau ? C’est peut-être une façon de s’éviter de s’engager dans des problématiques raciales dans ses récits, mais sur le plan de la crédibilité, ce n’est pas très finaud. Parce que si sur Terre nous avons toutes les nuances possibles depuis le blanc diaphane jusqu’au noir aux reflets bleutés, nul doute que sur d’autres planètes sphériques (et donc avec les mêmes variations d’ensoleillement), les phénotypes pigmentaires risquent eux aussi d’être particulièrement variés.

 

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Comme nos présidents, les extraterrestres aussi peuvent abuser de séances UV et d’autobronzant.

Quoi, ça t’agace que j’utilise des mots comme « phénotypes pigmentaires » ? Eh bien je t’invite à réviser tes cours de biologie, parce que figure-toi que rien ne prouve que des extraterrestres sont censés avoir de la peau. Et que sans peau, bizarrement, le concept de couleur de peau devient une idée stupidement incongrue.

 

Les littératures de genre portent une responsabilité dans la destruction de nos biais ethniques

Et ça tombe très bien, car je vais maintenant en venir au truc qui m’énerve vraiment le plus dans toute cette histoire de description physique à la con.

En fait, la vraie raison, la véritable raison pour laquelle j’ai voulu m’abstenir de toute description physique dans mon premier roman, c’est parce que si j’avais explicitement représenté mon héros principal comme un Maghrébin à la peau foncée (ce qu’il semble être sur l’image ci-dessus) ou son antagoniste comme une Asiatique aux yeux bridés, toi, lecteur du présent – et quoi que tu en penses ou en dises – tu aurais considéré ces deux personnages avec le prisme du regard que tu portes sur leur origine ethnique, dans notre époque contemporaine, avec tes valeurs, tes préjugés et ton vécu.

 

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Attention, soyons clairs, ce n’est pas une marque de jugement de ma part. Les biais que chacun de nous porte sur une appartenance ethnique peuvent être aussi bien négatifs que positifs, ou même neutres. D’ailleurs, loin de se cantonner à la couleur de peau, ces biais s’étendent également à nos différences culturelles, comme l’explique le sociologue Max Weber :

 

L’appartenance à une ethnie, ou « ethnicité », est d’abord un sentiment : celui de partager une ascendance commune, que ce soit à cause de la langue, des coutumes, des valeurs, des ressemblances physiques ou de l’histoire (plus ou moins vécue et objective ou bien imaginée et mythologique). —Max Weber

Pourquoi c’était si important pour moi de m’assurer que mes lecteurs ne soient pas affectés par ces biais ? C’est parce que mon premier roman situe l’humanité dans un lointain avenir où par la force des choses, la discrimination ethnique n’a plus lieu d’être. Ça paraît beau et utopique dit comme ça, mais c’est ainsi que l’histoire se déroule. Des événements ont conduit l’humanité à essaimer ailleurs en coupant tout lien avec la Terre, si bien que nos descendants se sont retrouvés à cohabiter avec des « phénotypes pigmentaires » différents sans souffrir de tout ce passif abominable dont nous autres contemporains sommes assommés à longueur de temps dans les articles d’actualité et les commentaires contraires à la loi que les esprits chagrins se complaisent à écrire en-dessous.

C’est pourquoi je n’aurais même pas pu parler de « Maghrébin » ou d’« Asiatique » dans mon récit compte tenu que ces deux régions géographiques n’y existent pas. Pourtant, il fallait bien un point de référence à mes lecteurs pour qu’ils se représentent le personnage. D’où cette solution « facile » pour régler le problème de ne faire aucune description de personnage pour éviter toute référence à une quelconque appartenance ethnique. Dans mon esprit, mon héros avait la peau brune et la méchante la peau beige-doré.

 

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On ne dit plus « jaune » depuis le Secret de l’Espadon, merci bien.

Seulement, je prévoyais de ne pas l’indiquer à mes lecteurs. Je précisais juste à un moment que les différents personnages avaient tous des différences pigmentaires très marquées, et ils étaient censés se démerder avec ça.

 

Un écrivain de l’imaginaire a le devoir de changer les mentalités de ses lecteurs

Je sais, la question des descriptions ethniques est un sujet très sensible.

Mais c’est un sujet très sensible maintenant. Et c’en est un parce que l’on a choisi d’en faire un sujet sensible, ou plutôt, de perpétuer à notre époque des crises et des conflits non résolus qui trouvent leur origine dans notre longue et criminelle histoire antérieure. Aussi, à moins que ton histoire soit une anticipation de notre présent, ces biais n’ont aucune raison d’être retranscrits dans un récit de science-fiction. Dans le futur, dans un présent ou un passé alternatif, ce sujet n’a aucun besoin d’être considéré comme sensible, et beaucoup d’auteurs de SFFF l’ont depuis longtemps bien compris.

Ce n’est pas du tout le cas dans le cinéma américain, y compris de science-fiction, qui ne s’est jamais gêné pour pratiquer de façon éhontée le white washing qui conduit les responsables de casting à échanger sans arrière-pensée tout personnage de fiction d’origine ethnique non Européenne par un bon vieux blanc bien de chez eux. Ben Kingsley qui joue Ghandi puis un roi de Perse dans Prince of Persia, Lavender Brown qui perd « subitement » ses mélanocytes d’un épisode de Harry Potter à l’autre parce que « subitement » elle a davantage de lignes dans son script, ou encore tout le casting de Hunger Games qui est censé avoir la peau sombre et olivâtre, tout cela a été attesté et le phénomène ne s’enraye pas.

Et le prétexte selon lequel cela permet aux spectateurs « de mieux se projeter dans le personnage » ne tient plus une seconde, compte tenu de la diffusion internationale de leurs films. Au contraire, c’est même à mon sens une façon stupide de se tirer une balle dans le pied et de faire fuir d’immenses masses de spectateurs qui sans ce manque éhonté de déontologie seraient peut-être venues regarder le film en question. Mais bon, j’y connais rien, je suis pas un « cravaté au sourire blanc éclatant » qui bosse dans une société de production hollywoodienne.

 

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Note que je n’ai jamais prétendu qu’il avait la peau blanche.

Bien que l’abolition de toute discrimination ethnique en science-fiction en particulier et dans les littératures de l’imaginaire en général paraisse normal de mon point de vue, certains verront en ceci un point de vue engagé. Eh bien c’est un engagement d’auteur à prendre, et un auteur de science-fiction a ce pouvoir qu’il ou elle peut tirer un trait sur toutes ces conneries simplement en le décidant. Un auteur de littérature mainstream étant bien entendu moins bien gâté par la nature dans ce domaine.

 

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Tant pis pour lui, il n’avait qu’à choisir les littératures de l’imaginaire.

 

Ma solution : brouiller les pistes en mélangeant tout

Mais cette solution facile de s’abstenir de toute description physique, au fond de moi, ne me convenait pas. Et quand quelque chose ne convient pas à un auteur, quand il a ce petit cil qui lui fait plisser la paupière, ce cheveu minuscule qui le gratte au fond de la gorge, ce petit truc insupportable qui lui chatouille la voûte plantaire, eh bien l’auteur en question se doit d’y faire quelque chose et de trouver une solution.

Cette solution, je l’ai trouvée en questionnant les origines de l’humanité dans le roman que j’avais imaginé. Puisque cette humanité est située dans le futur, alors elle a forcément été la conséquence d’un processus d’évolution. Une évolution qui s’étend, je te le donne en mille, à ses caractéristiques physiques. Si bien qu’en extrapolant, je suis arrivé à la conclusion que les humains de mon roman ne pouvaient plus ressembler à ceux d’aujourd’hui.

Après tout, extrapoler, c’est la spécialité d’un écrivain de science-fiction, non ? Et pour le coup, je n’avais pas été le premier à le faire puisqu’un article du National Geographic, avec l’appui de plusieurs chercheurs évidemment, s’est demandé à quoi nous ressemblerions d’ici quelques décennies. Avec la mondialisation, l’essor du transport aérien, les exodes malheureusement, et plus heureusement les changements de mentalité concernant l’origine ethnique de son conjoint, les mariages mixtes se multiplient à vitesse grand V. Si bien que pour ces chercheurs et le National Geographic, les États-Unis, d’ici quelques décennies, pourraient ressembler à ça :

 

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Et vlan : toutes les caractéristiques ethniques sont brouillées et mélangées. Prends par exemple le premier dans ce portfolio de portraits fictifs : un garçon au nez épaté et aux cheveux denses et crépus, mais roux et à la peau brun clair. Et ce sont là que des Américains qui ont été extrapolés, note le bien. Le reste du monde sera certainement beaucoup plus riche et varié que ça.

Double effet kiss cool merveilleux et magique pour résoudre mon problème : non seulement ça m’a permis de créer des descriptions réalistes en retirant le tapis à tous les biais inconscients de mes lecteurs, mais en plus, c’était parfaitement cohérent avec le contexte évolutif du monde futuriste où se situaient mes personnages.

 

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Combo. Fatality.

Après des années d’hésitation, j’ai donc fini par ajouter des descriptions physiques à tous mes principaux personnages durant le dernier mois d’écriture en m’appuyant sur des mélanges « ethniques » diversifiés et incongrus. Et comme après avoir pris un soin minutieux à représenter le personnage central, ça me grattait toujours le pied, j’ai eu l’idée insensée de choisir un nouveau modèle qui me semblait davantage ressembler à l’image que je m’en faisais, au point de changer toutes ses descriptions physiques dans dix chapitres différents un jour avant de poser le point final.

Parce que ça me grattait. Et quand ça gratte, il vaut mieux enlever chaussure, chaussette et passer un bon coup de brosse plutôt que de regretter un mauvais choix, une fois envoyé à l’éditeur.


 

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3 Commentaires
  1. Guilbert Thomas 1 mois Il y a

    Article sympa et une mise au point sur l’engagement que je trouve salutaire. Je suis loin d’être un auteur chevronné, mais je pense qu’on ne peut pas nier notre subjectivité. Je trouve en revanche plus intéressant, plus courageux de l’assumer. Et ton message est hyper important !

  2. Jordi Vila 1 mois Il y a

    Très intéressant. Je constate que tu n’abordes pas la question, pourtant épineuse, du point de vue narratif 😉 Décrire un personnage à l’aide d’un narrateur omniscient, ok, il faut juste bien doser, mais on peut facilement entrer et sortir de la tête du gars ou de la donzelle pour en décrire les moindres recoins (du moins, les essentiels). ça me semble parfait pour des textes courts. Et tu décris très bien les biais ou points important dans ce cas de figure. Mais quid des autres narrateurs ? C’est beaucoup plus compliqué – et à la fois plus intéressant (selon moi) – avec un narrateur interne ou externe aligné : là on ne peut pas faire de raccourcis. Il faut présenter le personnage en lui tournant autour, via des effets de miroir, et sa psychologie n’apparaît qu’au fil du récit. Il me semble même qu’avec un narrateur interne à la première personne, on peut jouer sur la vision que le personnage se fait de lui-même. On touche au côté très subjectif de l’apparence, comme de la “voix” (dans une émission récente de la “discussion scientifique” présentée par Klein sur France Culture – https://www.franceculture.fr/emissions/la-conversation-scientifique/physique-et-metaphysique-de-la-voix – l’invité explique que la voix que nous percevons n’est pas celle que les autres entendent : très intéressant ! C’est valable pour beaucoup d’autres aspects de notre perception de nous-mêmes, je pense).
    L’art du storytelling, dès lors, ne serait-il pas de réussir à véhiculer l’image d’un protagoniste très vite pour ensuite permettre d’en décrire l’évolution ?
    J’ajouterai qu’on pense rarement qu’un personnage ne change pas seulement de vêtements au cours d’une histoire (encore que, souvent on l’oublie aussi), il peut aussi changer physiquement : grandir, évoluer, changer de coupe et de couleur de cheveux, voire – soyons fous, puisqu’on est dans la SFFF – changer de couleur de peau ou des yeux ? 😛

    C’était juste une petite réflexion cadeau pour compléter ce que tu as admirablement abordé ici 😉

    PS : je ne sais pas si tu as lu (j’imagine que oui) les textes d’Orson Scott Card sur l’écriture de SFF. Dans “Characters and point of view” il décrit l’expérience qu’il a tentée en proposant un texte sans descriptions de personnages. C’est très intéressant. Il relate les réactions des lecteurs, relecteurs et éditeur. Ce qui va dans le sens de ce que tu racontes au sujet de l’identification du lecteur au personnage.

  3. Nicolas Habonneau 1 mois Il y a

    Merci pour cet article.
    Pour les descriptions physiques, j’aime assez quand le psychologique et le physique s’influencent ou se rejoignent dans la description d’un personnage. En littérature, on peut très bien caricaturer un personnage pour en faire ressortir ses tourments intérieurs par exemple. C’est assez simple et efficace.
    En ce qui concerne le sujet des ethnies, j’ai donné un nom à consonance asiatique à un des héros de mon roman, alors qu’il n’a pourtant aucune des caractéristiques physiques que l’on imagine des asiatiques. Mais le nom me plaisait beaucoup et je voulais le garder.

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