1. Comment réussir tes descriptions de personnages en science-fiction

2. Comment rendre tes personnages crédibles et mémorables

3. Comment créer des personnages réalistes en 1 minute sur ton smartphone

 

Lorsque vient pour toi le moment d’inventer un personnage pour ton histoire, tu vas concevoir naturellement celui-ci avec un degré plus ou moins intense de détails. Cela va dépendre bien entendu de l’importance du personnage en question, et tu passeras évidemment beaucoup moins de temps sur de vulgaires quidams que sur tes personnages principaux, comme expliqué dans un article précédent.


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Contrairement aux apparences, ceci est un personnage complexe avec un background très réfléchi (Toy Story 4)

La méthode naturelle pour concevoir des personnages

Pour tous les écrivains, inventer un personnage se fait presque naturellement. Dans certains cas, le personnage fait l’histoire (tu vas imaginer celle-ci en partant de sa personnalité et de ses caractéristiques), dans d’autres, l’histoire va faire le ou les personnages.

De même, pour les écrivains « jardiniers », ceux qui inventent leur histoire au fil de l’eau avec un minimum de travail préparatoire, les personnages vont surgir le plus souvent au cours de l’écriture et leur personnalité se construire au fur et à mesure de l’histoire. Pour les « architectes » – ouais, disons plutôt les psychorigides dans mon genre –, la construction des protagonistes sera effectuée en amont et s’appuiera notamment sur des fiches personnages plus ou moins lourdingues avec un luxe de détails inutiles dont certains n’apparaîtront jamais dans le roman.

Mais tout ça, c’est du rappel de bases, si tu as déjà eu l’occasion de faire fumer ton cerveau pour te poser ces questions. Ces différentes approches te viennent en général intuitivement sans vraiment que tu n’aies à y réfléchir : pas besoin d’un manuel pour apprendre à créer des personnages puisque c’est à la portée d’un enfant depuis qu’il est en âge de s’inventer un ami imaginaire.

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Et ceci est un personnage d’ami imaginaire très construit et complexe aussi. Ils font chier Pixar à être aussi bons. (Vice-Versa)

L’intuition des écrivains, cette sale feignasse

Le problème avec l’intuition, c’est qu’elle n’exige pas de toi une grande finesse d’esprit. En fait, à bien y regarder, l’intuition n’est qu’une sale feignasse qui raffole des solutions de facilité. Si tu n’y prends pas garde – en particulier si tu débutes en écriture – elle te conduira sans que ne tu t’en rendes compte à produire des personnages superbement stéréotypés qui auront peut-être beaucoup de prestance sur le papier mais ne seront au final que des coquilles vides sans aucune profondeur.

Des modèles-types interchangeables qui ne t’auront pas réclamé beaucoup de temps à imaginer.

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Voire pas de temps du tout. (Toy Story 3)

L’avantage : tes lecteurs les reconnaîtront aussitôt. L’inconvénient : tes lecteurs s’en désintéresseront aussitôt et, ah oui : se désintéresseront de ton histoire et de toutes les suivantes, parce que tu n’auras pas eu l’élémentaire politesse de faire l’effort de les emporter là où ils ne sont jamais allés. C’est pour ça que les lecteurs sont des connards, mais c’est aussi pour ça qu’on les aime : sans ça, on ferait jamais d’efforts pour les surprendre ni pour s’améliorer.

Bref. Les stéréotypes de personnages, j’en ai déjà parlé et on ne va pas revenir dessus. On me dit dans mon oreillette qu’un stéréotype rapide et pas cher peut parfaitement faire le café pour un personnage qui n’apparaît que quelques minutes dans ton récit et qu’on ne reverra jamais, ce à quoi je réponds à mon oreillette que oui, mais c’est quand même plus qualitatif de se prendre la tête ne serait-ce que cinq minutes pour donner à un personnage tertiaire une couleur un peu singulière qui ne dénotera pas avec le reste.

Tu l’auras compris mon petit coco, des personnages de qualité, ça ne s’obtient pas avec de l’intuition et des stéréotypes, mais avec du travail.

Pour un projet d’écriture à grande échelle comme un roman ou un cycle – et même pour un projet plus réduit comme une nouvelle de qualité publiable – il va falloir que tu te relèves les manches pour faire de ton personnage passe-partout un personnage passe-éditeur et bien sûr passe-lecteur. De la sueur, du sang et des larmes, comme dirait Churchill. Ta sueur, ton sang et tes larmes, je précise. Ceux de tes personnages ne viendront malheureusement qu’après.

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C’était pas un rigolo, Churchill. Et un sacré écrivain et autobiographe, alors crois-moi, il savait de quoi il parlait.

Un bon personnage, c’est bien ; un personnage mémorable, c’est mieux

Originalité, profondeur, personnalité et réalisme : autant de petites choses sans prétention qui ont la particularité amusante d’aider éditeurs et lecteurs à séparer les écrivains dont ils veulent des écrivains dont ils ne veulent pas.

Il ne suffira pas de lui inventer un nom original, un physique reconnaissable, un caractère singulier, un passé névrosé et un but caché, puis de balancer le tout par petites touches au fil de l’intrigue en espérant que tes lecteurs sauront recoller les morceaux.

Ce n’est pas lié à son nom, son physique, son caractère, son passé ou son but. C’est plus subtil que ça, et pour comprendre où je veux en venir, mettons un instant de côté un instant les techniques de création de personnages pour revenir aux fondamentaux.

Car un personnage « mémorable », c’est quoi, en réalité ? Qu’est-ce qui le sépare d’un personnage « médiocre » ou disons, « normalement bon » ?

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Qu’il sache qu’il n’est pas un héros, pour commencer ?

Un bon personnage de roman fait précisément ce qu’on attend de lui et reste cohérent dans ses intentions et ses choix, sans jamais quitter la ligne prévue pour lui… et surtout sans jamais faire sortir le lecteur de l’histoire – ce qui est le crime le plus infâme qu’un écrivain puisse commettre. C’est pourquoi cet objectif louable n’est en définitive que le minimum vital que tu es censé offrir à tes lecteurs. Ce n’est qu’une première étape.

Fais souffrir tes lecteurs comme tu as toi-même souffert

L’objectif ultime que tu dois viser, c’est créer un personnage que tes lecteurs garderont en mémoire une fois la dernière ligne lue. Ils savent qu’il n’y a plus rien à lire, le livre est refermé ou l’e-book est éteint, mais derrière ce paisible front qu’ils arborent se déclenchent en fait de terribles tempêtes.

Ça t’es arrivé en tant que lecteur, en plus, alors pas la peine de jouer les idiots, hein. Tu crois que je t’ai pas vu en train d’imaginer des détails supplémentaires sur un personnage que tu ne connais que par des mots, à te mettre à l’affubler de tout un tas de caractéristiques jamais écrites sur son apparence et sa personnalité, à poursuivre en roue libre la suite de ses aventures ? Tu l’as fait. Je sais. Pas la peine de nier.

Comme ton cerveau a horreur du vide, il a compensé ta frustration en extrapolant la série d’événements plausibles qui auraient dû avoir lieu, et que ce salopard d’auteur n’a pas daigné écrire, préférant fuir comme un lâche en te laissant seul, comme un mauvais coucheur qui ferme la porte de ta chambre en catimini dans la nuit, les godasses à la main.

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Ouh là, mais c’est qu’il est grand temps d’aller écrire le tome suivant, là…

C’est là que la réalité a repris ses droits. Tu as senti près de toi le livre ou la tablette d’où s’était échappé le personnage ou la situation incroyable qui t’a mis dans cet état et tu as ressenti alors un horrible sentiment de perte. Presque un deuil, en fait ; « le dur parpaing de la réalité sur la tarte aux fraises de tes illusions », comme dirait Boulet.

Ouais, c’est ça. Rappelle-toi combien tu as souffert. Rappelle-toi comme c’était dur. Rappelle-toi le nombre de fois où tu as persisté à vouloir encore extrapoler la suite des aventures parce que c’était irrépressible. Rappelle-toi bien de ça.

Parce que c’est exactement ce que tu vas devoir faire subir à tes propres lecteurs.

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Et ils vont te payer pour ça.

Pense ton personnage comme une vraie personne

Quand un personnage parvient à susciter une réaction pareille chez un lecteur, cela démontre combien des mots alignés dans un espace limité ont en réalité un pouvoir illimité. C’est une manifestation physique du très recherché et très essentiel sens du merveilleux – le fameux sense of wonder – dans les littératures de l’imaginaire. Et c’est probablement le meilleur compliment qu’un lecteur puisse faire à un personnage de roman – et bien sûr à son auteur.

Alors, comment faire ?

La solution est très simple : il faut que ton personnage te fasse le même effet en tant qu’écrivain qu’en tant que lecteur. Tu dois trouver toi-même ton personnage si attachant et passionnant que tu te mettras à imaginer sa vie, son comportement et ses choix en dehors de l’histoire que tu as prévue pour lui. Sans même le vouloir, sans même t’en rendre compte.

Si tu fais ça, c’est en général le signe d’un personnage qui marche. Si au contraire ton personnage est une figure fuyante dans ton cerveau, sur laquelle tu dois te concentrer plusieurs secondes pour te rappeler à quoi il ressemble et comment il se comporte, aïe : il est temps de se remettre à la planche à dessin.

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Et dépêche-toi, sinon ce sont tes lecteurs qui vont t’oublier.

Quand l’un de tes personnages dépasse le cadre étriqué que tu as prévu pour lui – un nombre limité de scènes et de dialogues – et qu’il commence à avoir une existence propre, il n’est plus un personnage : il est devenu une personne. Une personne imaginaire, d’accord. Mais une personne qui sera bien plus riche, bien plus attachante (et donc plus mémorable) qu’une stupide marionnette en carton-pâte brandie quelques instants à la face de tes lecteurs avant d’être jetée puis oubliée au fond du carton.

Petite astuce en passant qui nous vient de Stéphane Arnier : le personnage central de ton histoire doit être LE personnage pour lequel tu éprouves cette sensation d’attachement. Ce n’est pas forcément le héros ou le narrateur, ça peut très bien être le méchant – pardon : l’antagoniste. Il n’y a rien de plus frustrant et énervant pour un lecteur de terminer une histoire où le personnage irrésistible et mémorable se retrouve relégué au second plan. Tu éprouveras par ailleurs beaucoup plus de plaisir à écrire en te focalisant en priorité sur le personnage dans lequel tu « crois » le plus.

Le schizophrénique, c’est fantastique : incarne tes personnages

Mettons que ton personnage soit à peu près conçu, avec une vision à peu près claire dans ta tête, quelques essais de dialogues, et pour les purs et durs une page ou deux de détails rassemblés sur une fiche. À ce stade, il reste encore beaucoup à faire. Ce n’est qu’une stupide marionnette.

Ceux qui parmi nous se sont lancés dans un projet de roman au long cours le savent : les deux ou trois personnages principaux autour desquels va tourner l’histoire vont partager tellement d’heures, de jours et parfois d’années de ta vie que tu en viendras à les connaître autant sinon mieux que ton partenaire de couple. Et pour atteindre cet état d’osmose particulièrement intime avec ton personnage, il faut, par définition, que tu le connaisses intimement.

Le secret, c’est de connaître si bien ses personnages qu’à l’instar d’une personne réelle dont tu serais l’alter ego, tu es capable de commencer ou finir ses phrases avant même qu’il les prononce.

Ce qui est plutôt une bonne chose, en général, puisque tes personnages ne risquent pas de dire grand chose si ce n’est pas toi, l’auteur, qui les leur fais dire.

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Pas possible.

À ce stade, ton personnage va se mettre à dire des choses – à les écrire, pour être précis – que tu ne dirais jamais en tant que toi, auteur. Il va prendre vie à travers toi. Quand ça arrive – et je te préviens que la première fois, ça fait peur – tu dois absolument le laisser faire ce qu’il veut. Il racontera bien quelques conneries en trop de temps à autre, que tu pourras effacer plus tard ; ce n’est pas grave. Mais tu dois le laisser exprimer sa voix et sa personnalité en lui laissant le contrôle de ta tête et de tes doigts.

Ouais, je sais, ça fait un peu possession démoniaque dit comme ça. Si ça t’effraie, considère cette expérience comme si tu jouais ton personnage à la façon d’un comédien, mais à travers l’écriture. Pour avoir fait une dizaine d’années de théâtre amateur et quelques matchs d’improvisation, il m’arrive à certains moments, notamment lors de l’écriture de dialogues un peu musclés, d’en faire un véritable jeu d’acteur. De me lever, de marcher et de m’exprimer à voix haute en utilisant le ton de mon personnage, en me laissant imprégner de ses émotions (peur, colère, tristesse, etc.) Beaucoup d’auteurs font ça, ce n’est pas honteux : c’est au contraire extrêmement recommandé.

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Mais pas en public, je t’en conjure.

En faisant cela, les caractéristiques physiques et psychologiques que tu auras imaginé auparavant pour ton personnage vont ressortir de façon fluide et évidente. Sa manière de parler, son attitude vis-à-vis des autres, transparaîtront dans les dialogues ; ses choix, ses doutes et ses décisions apparaîtront naturels et logiques, parfois en emportant ton intrigue dans des directions auxquelles tu ne t’attendais pas, parce que les valeurs, les convictions et les désirs du personnage sont différents, voire opposés aux tiens.

Modifie ton mode de pensée pour penser comme ton personnage

Hélas, n’est pas Sarah Bernhardt qui veut.

En plus, ça t’oblige à aller t’aventurer sur des terrains bizarres où tu n’as peut-être pas envie d’aller. Il le faudra bien un jour, si tu veux qu’on se souvienne de tes personnages et plus encore de tes histoires. Mais pour commencer, je te propose d’appliquer une méthode de remplacement un peu plus soft qui peut tout à fait convenir quand on n’est pas du genre à faire brûler les planches.

Ça s’appelle le test VAK. Il stipule – c’est pas vrai en fait, hein – que la façon de communiquer de chacun de nous dépend du sens avec lequel nous ressentons le mieux les choses : certains sont des « visuels », d’autres des « auditifs », d’autres enfin sont des « kinesthésiques » qui ont une façon tactile, « odorative » (?) et physique de ressentir les choses (d’où VAK).

Ça paraît stupide et con, vu comme ça, mais ça se voit énormément dans notre façon d’écrire. Ton style va se focaliser inconsciemment sur ton mode de communication favori et ton vocabulaire va afficher partout des mots du champ lexical concerné sans même que tu ne t’en aperçoives. Je te jure que tu ne verras rien tant qu’on ne te mettra pas les yeux dessus.

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Le test a montré que je me situais dans la catégorie des « visuels ». Je vois vraiment pas pourquoi, et pourtant j’ai l’œil pour ce genre de conneries. (Ah ! VU… Je l’avais pas vu !)

Bien, je suppose que tu as flairé l’astuce. (Tiens, un kinesthésique !)

Ce que je te propose, c’est de commencer par faire le test pour toi. Vois ce que tu es. Et quand c’est fait, impose-toi que ton personnage se réfère à l’un des deux autres types VAK que tu n’es pas. Impose-toi de réfléchir, d’agir, de penser comme un auditif si tu es un visuel, par exemple.

Outre que ça t’aidera à enrichir considérablement tes descriptions et ton vocabulaire avec des mots du champ lexical concerné, cela aura un impact réel sur ton style d’écriture. Avec un peu de pratique, ce sera un premier pas, une première marche pour te mettre dans la peau d’une personne différente qui parle d’une autre voix que la tienne.

Dans une histoire à plusieurs points de vue, cette astuce est très utile pour créer des variations subtiles que le lecteur ne verra pas – ou ne sentira pas ; ou n’entendra pas. Ha ha ha. – et qui lui permettront de différencier encore plus facilement tes personnages.

Deviens le dealer de drogue de tes lecteurs (Disclaimer : c’est métaphorique)

Rendre son personnage mémorable au-delà de l’histoire dans lequel il s’inscrit est une sorte de graal absolu. Un objectif ambitieux, mais pas inatteignable.

Pour être tout à fait honnête, il est probable que tu n’y parviennes pas. Mais tu dois quand même t’efforcer d’essayer, même si ça ne touche qu’une partie de tes lecteurs. Car en dépit de tes efforts, cela marchera sur certains d’entre eux mais pas sur tous.

Mais comme avec un peu de chance, ils pourraient te faire gagner un peu d’argent au passage, le travail vaut largement cet effort. Ben oui, voyons les choses de façon cynique et mercantile : si tu fais souffrir tes lecteurs en leur arrachant le cœur au point qu’ils donneraient cher pour s’injecter une dose supplémentaire de ton personnage, tu peux être assuré qu’ils feront l’effort d’acheter le tome suivant – s’il y a lieu – ou de s’intéresser à l’un de tes autres récits pour voir s’il ne s’y trouverait pas par hasard une autre drogue dure tout aussi trippante.

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Ah. Si seulement.

Ça vaut bien le coup de verser un peu de sueur, de sang et de larmes, non ?

(Edit : ajout du lien sur le “neuromythe” du test VAK pour éviter qu’on croie que j’y crois. C’est juste une aide à la création.)

1 Commentaire
  1. Acaniel 2 semaines Il y a

    Encore un article passionnant et très intéressant. L’idée du VAK est excellente. Je vais tester ça ! 😁

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