Star Wars et Harry Potter, le secret derrière le mythe

Voici un exemple d’histoire aussi stupide que banale.

  1. un jeune chevalier s’ennuie dans son château.
  2. un magicien arrive, lui explique qu’une princesse vient d’être enlevée par un dragon et lui remet une épée magique.
  3. le chevalier enfourche son cheval et galope jusqu’à la tanière du dragon, accompagné par le magicien. Le dragon tue ce dernier au cours d’un premier combat.
  4. le chevalier tue le dragon avec l’aide de l’épée magique puis sauve la princesse
  5. le chevalier se marie avec la princesse

Comme tu le constates, l’archétype d’une histoire suivant le schéma quinaire, ça ne casse pas des briques. Sachant qu’il existe suivant les écoles et les spécialistes bon nombre de schémas narratifs plus ou moins élaborés.

Mais comme tu vas t’en rendre compte maintenant, ce n’est pas parce que ça ne casse pas des briques que tu ne vas pas le retrouver partout.

Oui, partout.

Sous d’autres formes, sans doute, mais en grattant la peinture on se rend compte que c’est exactement la même chose.

Star Wars IV : un conte de fées dans l’espace

Prends Star Wars, le mythe de science-fiction archiconnu, qui se base ouvertement sur le monomythe de Campbell.

Dans l’épisode IV, le premier écrit par Georges Lucas, Luke Skywalker est le héros. Il est coincé dans sa ferme dans laquelle il ne lui arrive rien, et il ne sait rien du vaste monde.

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« Pourquoi le lait est-il bleu ? »

Soudain, il se retrouve face à une complication qui va lui être apportée par un vieil homme à la fois magicien et mentor : Obi Wan Kenobi. Ce mentor va lui donner une épée magique – le sabre laser de son père – et lui assigner une quête : sauver une princesse. Tiens tiens. Comme c’est original.

Durant l’action, notre héros s’enfuit dans un vaisseau spatial – rien de plus qu’un cheval un peu technologique – puis se retrouve confronté à une série d’épreuves fomentées par le dragon, Dark Vador, qu’il devra résoudre pour pouvoir délivrer la princesse. Il sera félicité comme il se doit à son retour dans la base rebelle.

Évidemment ça ne se termine pas là, puisqu’il y a un deuxième round à l’histoire, lorsque Moff Tarkin va décider d’anéantir la base des rebelles. Note au passage que dans l’épisode IV, ce petit bonhomme gris est le chef de Darky, et pas son subordonné.

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Faites confiance à une princesse pour savoir qui est le vrai mâle alpha.

Ce petit détail fait toute la différence, puisqu’à ce moment-ci de l’intrigue, Moff Tarkin apparaît plus méchant que Dark Vador, ce qui aura son importance à la fin du premier film.

Donc le schéma se répète une seconde fois pour le héros, qui va devoir sauver une nouvelle fois la princesse – elle ainsi que l’espoir de liberté qu’elle incarne – puisque si la base rebelle est détruite, la princesse est morte.

Luke va retourner dans l’antre du dragon – l’Étoile de la Mort – cette fois pour le combattre pour de bon. Doublement motivé, puisque si tu te rappelles bien, son mentor a été tué par Darky. Tiens tiens. Comme c’est original.

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Tu sais, si George a sacrifié Obi Wan, c’est pour que je puisse me dépasser et réaliser ma quête sans lui et me rendre compte que je suis capable de l’accomplir tout seul. Enfin ça et le fait qu’Alec Guinness pense que ce film c’est juste un conte de fées tout pourri.

À la fin de l’épisode IV, Luke Skywalker terrasse le deuxième dragon (Tarkin et son gros joujou) dans une superbe métaphore sexuelle, tandis que Darky parvient à s’en sortir, pour une raison simple : lui laisser l’occasion d’exprimer tout son potentiel de méchant dans les épisodes suivants.

Luke n’épouse pas la princesse mais s’en tire avec une médaille et la certitude solennelle d’avoir contribué à restaurer la paix dans la galaxie. Fin.

Derrière le vernis technologique, l’intrigue de Star Wars IV respecte à la lettre la structure narrative classique du conte. On retrouve avec précision l’essence des contes chevaleresques du Moyen-Âge – et de même de ceux d’avant.

Les suites de Star Wars font appel à d’autres structures parfois plus subtiles qui relèvent ouvertement de la mythologie. Le conflit entre Luke et son père, la tentation du mal, le sacrifice puis la rédemption d’Anakin sont des thèmes puissants qui se retrouvent aussi bien dans la mythologie grecque que dans Shakespeare.

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Ah, les relations père-fils conflictuelles…

Harry Potter : un mythe qui s’étend sur deux générations

Outre Star Wars, parmi l’infinie série d’histoires archiconnues qui suivent les schémas narratifs classiques, on trouve également Harry Potter, avec un peu plus de complexité, toutefois. Pour ne pas dire de préparation.

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« Attends, t’es en train de me dire que tu te souviens de notre mère ? Mais elle est morte en couches dans l’épisode III ! »

La situation initiale est un peu compliquée pour le héros, Harry, puisqu’il est à la fois un anonyme pour le monde des humains – un orphelin doublé d’un souffre-douleur – et un héros pour la communauté des sorciers, qu’il ne connaît pas encore mais qui a rapidement été exposée lors du prologue du premier livre.

L’un des coups de maître de J. K. Rowling, c’est que le jeune héros a en réalité déjà tué Voldemort, le « dragon » de l’histoire. La situation initiale (étape 1) de bébé Harry au moment du prologue est en fait la situation finale (étape 5) d’une structure narrative précédente dont on sait encore peu de chose. Donc non seulement il existe une structure du point de vue de Harry, mais il existe aussi une seconde structure narrative qui s’est déroulée par le passé.

L’histoire de Harry n’est en définitive qu’une suite. Dans cette structure passée, il existait d’autres héros, parmi lesquels les parents de Harry Potter, leurs amis, leurs ennemis et… euh, Rogue.

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Retirer cette scène du premier livre restera sans aucun doute comme l’une des meilleures idées de J.K. Rowling.

Harry grandit, ne comprend pas ce qui lui arrive et ne sait pas qui il est : c’est la situation initiale. Il va y avoir une complication : son onzième anniversaire, l’âge d’aller à Poudlard, avec son avalanche de lettres et l’arrivée théâtrale d’Hagrid, l’un des multiples mentors, qui va lui révéler sa vraie nature.

Il n’y a pas vraiment de quête pour Harry au début de l’intrigue, pas tout de suite du moins. Il va découvrir peu à peu que le méchant qui a tué ses parents n’est en fait pas vraiment mort, qu’il va peut-être revenir ; on n’en est pas sûr et on manque d’informations. Le premier livre – le plus court, soit dit en passant – a surtout pour rôle de présenter le monde des sorciers.

Au fur et à mesure qu’il grandit, Harry traverse sept intrigues, sept schémas quinaires, et un autre des coups de génie de J. K. Rowling aura été de faire grandir son héros en même temps que ses lecteurs, quelque chose, si l’on y réfléchit, qui arrive rarement dans les histoires : les héros sont intemporels et ne vieillissent généralement pas. Or Harry grandit, devient adolescent, puis jeune adulte. On le découvre même en père de famille dans la situation finale du septième et dernier livre, une fois qu’il est parvenu à tuer le dragon et à rétablir la paix et l’équilibre dans le monde des sorciers.

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Et toujours la même routine depuis dix-sept ans. Métro, balai, dodo.

Avec Harry Potter, on reste dans une situation classique, mais avec des boucles narratives qui ont été rajoutées pour apporter de la densité au récit.

Des boucles intérieures – les six intrigues qui précèdent la résolution finale – et une boucle précédente, un passé qui a précédé la naissance de Harry et la première défaite de Voldemort, et qui sera recomposé au fur et à mesure des livres au travers d’indices et de révélations sur les différents personnages, en particulier sur Dumbledore, Severus Rogue et les parents de Harry.

Démystifier pour mieux surprendre

Il existe donc des schémas narratifs types et des personnages types – héros, mentor, princesse et dragon. Ils sont toujours là, toujours pareils, immuables quelles que soient les histoires mythiques que l’on analyse, avec plus ou moins de subtilité et de variations.

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Plutôt plus que moins, parfois. Mais si tu ôtes tout le gras, c’est exactement la même chose.

De nombreux auteurs ont cherché à l’inverse à démonter ces archétypes, à les démystifier – c’est le mot – pour élaborer des histoires souvent étranges, parfois drôles, dans tous les cas pour produire un objet narratif différent et original.

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  • Intéressant cette histoire sur Harry Pott’. Je ne m’étais jamais dis ça comme ça, le fait que c’était « une suite ». J’aimerais bien en lire plus. 🙂

    Ceci dit, ça n’est pas un autre schéma très classique que le fait de découvrir au fil du « présent » décrit par l’histoire une trame « passée » du genre de Harry Potter ou même Star Wars en fait (puisque la prélogie dévoile les liens familiaux des Skywalkers entre le V et le VI) ?

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