Le sexe dans la science-fiction

Ouais, c’est chaud, hein ?

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Ça va être hot hot hot !

J’imagine sans peine qu’après avoir cliqué sur un titre pareil, tu t’attends à trouver dans cet article tout un tas de scènes de sexe dans l’espace, des orgies interstellaires avec des créatures sublimes, ou a minima quelques citations olé-olé dénichées dans de célèbres romans, du genre à lire en cachette sous la couette.

Autant réfréner tout de suite tes ardeurs : cet article n’aura rien de pornographique. Ni même d’érotique.

Si tu es un amateur, cet article-ci te montrera en revanche toute une tripotée d’aliens à poil :

À lire sur SF Zone : Concevoir une technologie alien

Il n’empêche qu’on va quand même pas mal parler de cul. Je préfère prévenir aussi.

Mais de cul suivant une approche sociologique.

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(Huées de déception.)

Plus que de sexe, on va donc parler de sexualité et de comportements sexuels. Et plus précisément de la façon dont la littérature de science-fiction s’est saisie de ce sujet on ne peut plus sensible pour le brandir à la face de lecteurs épouvantés, avant de le tripoter en tous sens et de l’ébranler sur ses fondations pour s’émerveiller de ce qui pourrait en sortir.

Mes excuses pour cette phrase lamentable pleine de sous-entendus.

En fait, non, je ne suis pas désolé du tout, j’ai adoré l’écrire. Mais je ne recommencerai plus, c’est promis.

Bref.

Paradoxalement, la littérature fait en effet de la sexualité un traitement bien plus riche qu’au cinéma, où l’association entre sexe et science-fiction est beaucoup plus chaste et moins… disons, intéressante.

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J’allais dire excitante. (SOS Fantômes)

Sexe et aliens : des trucs carrés dans des trous ronds

Tout a commencé par le roman Les amants étrangers de Philip José Farmer. Qui dépeint une relation amoureuse – puis sexuelle – entre un humain et une alien. Un scandale total, au point que le livre a été refusé par de prestigieux éditeurs.

Après, il faut remettre les choses dans leur contexte : le livre est sorti en 1961. Et même avant ça, la première ébauche de l’idée sous forme de nouvelle date de 1952 ! Ça remonte à loin, mais pour cette époque fort chaste, une décennie avant la révolution sexuelle, c’était impensable.

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Déjà qu’en 1968, Star Trek a fait un scandale avec ce baiser, alors imagine un alien ! (Star Trek, Plato’s Stepchildren)

Les relations sexuelles entre humains et extra-terrestres représentent ainsi l’un des tous premiers traitements de la sexualité dans la science-fiction. Le plus souvent, suivant une approche romantique, c’est-à-dire en s’attachant à dépeindre la nature de la relation amoureuse pouvant émerger d’une telle relation entre deux espèces aux différences plus ou moins éloignées.

Dans la nouvelle Thesme et le Gayrog intégrée au roman Chroniques de Majipoor, en 1982, Robert Silverberg s’attache à présenter une aventure sans lendemain entre une humaine qui ne trouve plus d’intérêt à fricoter avec sa propre espèce et tombe mystérieusement amoureuse d’une créature à moitié repoussante (selon des critères humains) pour finir sur une aventure sans lendemain. C’est la montée en puissance du sentiment amoureux puis la désillusion qui prévalent dans ce récit.

Dans Élévation, le troisième volet de son superbe Cycle de l’élevation, David Brin réveille les sentiments amoureux entre un jeune adulte humain et une Tymbrimi, une espèce humanoïde, confrontés tous les deux à une crise qui les propulse leaders d’un mouvement de résistance et donne naissance à un couple qui ne s’assume pas complètement. Pour de bonnes, d’excellentes raisons, même.

Car lorsque les protagonistes en viennent au point où fricoter sous la couette – ou équivalent alien – devient inévitable tant la tension amoureuse est insoutenable, Brin brise le moment fatidique en jetant l’horrible réalité à la figure de ses lecteurs.

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Parce que le romantisme, ça va cinq minutes. (Galaxy Quest)

Il faut tout de même se rendre à l’évidence que lorsqu’un humain et un alien en viennent à se baisser mutuellement la culotte, eh bien, anatomiquement, c’est pas pareil. On a beau avoir envie, y’a comme un truc qui va pas. Les machins peuvent pas rentrer dans les choses ni les bidules s’insérer dans les trucs.

Et encore, là, on parle d’humanoïdes. Quand les différences physiques sont plus accentuées, une relation sexuelle devient encore moins crédible.

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Comme je disais : impensable. (Alien, la résurrection)

Bref, juste pour te dire que si jamais tu voulais raconter l’histoire de méchants martiens venus nous conquérir pour violer nos femmes et en faire les génitrices de la future espèce dominante de la galaxie, ne perds pas ton temps à chercher à rendre ça crédible : ça n’arrivera pas.

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« Feeeeeemme ! »

Sexe et robots : mes élans ont quelque chose de mécanique

Les martiens, sans doute pas. Mais les robots, bien !

Toujours prêts, toujours lubrifiés, anatomiquement conçus sur le bon modèle, infatigables et adaptables, les robots – et plus précisément les androïdes – s’affichent de très loin comme le partenaire sexuel idéal pour chacun des deux sexes.

Dans la bande dessinée Barbarella de Jean-Claude Forest, le scandale survient dès 1962. Rien d’explicite, mais l’idée même est choquante pour des parents outragés en découvrant qu’une innocente oeuvre pour la jeunesse – comme on considérait la BD à l’époque – puisse amener de telles idées de dépravation dans la caboche de leurs chères têtes blondes.

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La scène non censurée. Protégez les yeux des enfants.

Dépravation amplifiée par le rôle subalterne d’esclave sexuel – pour ne pas dire de sex toy – auquel ces pauvres créatures artificielles se retrouvent réduites dans beaucoup d’oeuvres, que ce soit dans la bande dessinée L’Incal de Moebius – avec ses prostiputes – ou dans A. I., Intelligence artificielle de Steven Spielberg, sans compter d’innombrables autres qu’il serait trop long d’énumérer ici.

Dans le dernier volet du Cycle des robots, Les Robots de l’Aube, Isaac Asimov esquisse du bout des lèvres, sous un angle romantique, la relation amoureuse naissante entre homme et robot, lorsque ce dernier s’avère être capable d’émotions, et donc bien plus proche de l’humain qu’une stupide boîte de conserve tout juste bonne à faire couiner ses boulons à la demande.

Beaucoup plus proche de nous, la relation amoureuse entre homme et entité artificielle a été modernisée sous un angle gênant, voire inquiétant, dans Her de Spike Jonze, où le héros tombe amoureux d’une intelligence artificielle.

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La scène la plus chaude du film. En fait, cachez les enfants ce sera plus simple.

Mais ne s’agirait-il pas plutôt d’une machine trop bien programmée ? Toute la question posée par ces histoires est là : où se situe la frontière entre programmation et conscience amoureuse ? À quel moment la créature artificielle n’obéit qu’à des instructions codées et à quel moment devient-elle autonome dans ses choix ?

Science-fiction et libération sexuelle

Les prudes humains que nous étions dans les années 60 se sont donc ainsi frotté d’abord à d’autres créatures célestes, ou fabriquées de notre main… avant de découvrir que tout compte fait, hé, pourquoi s’emmerder avec des créatures somme toute fondamentalement incompatibles ?

Car à vrai dire, il n’y a pas besoin d’aller chercher très loin pour se rendre compte qu’on peut aussi faire tout un tas de choses drôlement sympa avec ses semblables.

En 1966, Norman Spinrad est l’un des précurseurs en science-fiction de ce qui émerge dans les sociétés occidentales à l’époque : la libération sexuelle. Dans Les Solariens, il dépeint une société humaine libérée où hommes et femmes s’assemblent non pas sous la forme de banals couples insipides, mais en groupes de plusieurs personnes. Le héros, issu d’une société militariste conservatrice, tout d’abord choqué, finit par se laisser convaincre que si, il peut coucher avec la fille qui était encore une nuit plus tôt avec le pilote du vaisseau.

Mais c’est chaste, encore. On est dans la baba cool attitude et puis faut pas exagérer, c’est plus affriolant que tendancieux.

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Et quand on y pense, la princesse Leia fait des choses bien, bien pires. Et en public, encore.

Le concept de sexualité humaine se prend en revanche une grosse baffe de science-fiction dans la gueule lorsque Ursula Le Guin publie La Main gauche de la nuit en 1969 et remporte les principaux prix dans la foulée. Dans ce roman sorti en pleine année érotique, les humains changent carrément de sexe. Le Guin décrit un sexe neutre, des humains asexués, autrement dit quelque chose qui n’est ni mâle, ni femelle, ni les deux. Des humains chez qui pousse une fois par mois des organes sexuels apparents… de manière tout à fait aléatoire.

Voilà : là, on est dans la sexualité en mode science-fiction. Les fricotages, les touche-pipi entre alien et les relations adultères mécaniques, c’est bon pour les bigots.

En 1971, Robert Silverberg dépeint dans Les Monades urbaines une société humaine futuriste marquée par la surpopulation à outrance – mais une surpopulation encouragée, et même obligatoire. On y fait des enfants dès qu’on a l’âge de procréer – c’est-à-dire très, très, trop tôt – et on doit découcher avec ses voisins ou ses voisines tous les soirs, même et y compris devant le partenaire régulier, ou même avec le partenaire en question suivant ses inclinations, parce que sinon, ben, c’est très mal vu. Ce roman décrit sous un angle sociologique et anthropologique une norme sexuelle poussée à l’extrême – en s’appuyant notamment sur le point de vue de ceux qui n’acceptent pas, ou mal, la norme en question.

Autre innovation : en 1973, David Gerrold – qui a plus tard travaillé comme scénariste dans Star Trek – publie L’homme éclaté. Un roman oublié dans lequel il pousse à ses extrémités les conséquences du voyage dans le temps : très vite, le héros se copie et se dédouble à l’infini dans cet univers et bien d’autres.

Et finit par tomber sur une version un peu plus homosexuelle de lui. Puis, une chose en entraînant une autre… tu imagines la suite.

Oui, il finit par coucher avec lui-même.

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Hé, Freud, encore un patient pour toi !

Eh, oh, tu vas pas jouer les effarouché(e)s. D’autant que, bon, on est encore en 1973 ! Et que tu ne sais pas ce qui t’attend ensuite. Eh oui, il serait bon de te souvenir qu’en science-fiction, on peut tout se permettre.

En d’autres termes : le pire est à venir.

Dans L’homme des jeux, Iain M. Banks dépeint en détail une espèce extraterrestre à trois sexes, en démontrant que le sexe « neutre » qui permet aux uns et aux autres d’échanger leurs gamètes devient naturellement le sexe dominant. Mais plus que cela, il raconte comment l’apogée technologique atteinte par la Culture, une société pangalactique libérée et libertaire, permet à ses citoyens de changer de sexe de façon tout à fait banale.

Lorsque le héros masculin annonce son aversion à l’idée de coucher avec des hommes, son ex-partenaire féminine – assez tentée par l’idée de devenir homme à son tour – lui rétorque du tac-au-tac :

Pourquoi donc ? Après tout, tu en es un toi-même !

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Best replique ever.

Notre héros, comprenant que c’est rapé pour re-pécho son ex, paradoxalement un peu trop portée sur les hommes à son goût, se rend ensuite à une soirée chez un couple d’amis hétérosexuels, qui attend son deuxième enfant. Jusque là, rien d’anormal.

Sauf que le premier enfant a été porté par le premier de ces amis. Et que le second est porté par l’autre, parce qu’ils ont pris soin de changer de sexe chacun de leur côté avant de concevoir le deuxième.

Et ça, messieurs, ça, c’est ce que j’appelle de l’égalitarisme dans le couple. Estimez-vous donc heureux quand vous faites la vaisselle ou nettoyez le vomi de vos enfants.

Sexualité et reproduction

Puisqu’on en vient aux bébés, justement, il est grand temps d’aborder cet autre volet de la sexualité particulièrement important : la suite. Les conséquences. L’effet papillon.

En fait, la raison d’être de la sexualité, quand on y pense. Je veux bien sûr parler de la reproduction.

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« Vous croyez que je vous ai faits avec les oreilles ? Je vous ai faits avec mon cul mes petits poussins ! » (La Crise)

Et lorsque la notion de reproduction s’en mêle, terminées, les histoires d’abeilles, de fleurs et de papillons. Au placard, les regards énamourés et le romantisme torride. Aux oubliettes, l’esprit libertaire des nuits bénies où chacun choisit son partenaire comme il l’entend sans craindre une MST ou le poing dans la figure d’un partenaire jaloux.

Le sexe, ça devient sérieux. Et quand c’est sérieux, plus de place pour le sentimentalisme. Plus de place non plus pour l’individu et son prétendu « libre arbitre ».

Tiens, pour en avoir un avant-goût, il te suffit d’ailleurs d’aller jeter un oeil dans ta bibliothèque : j’imagine qu’il doit bien y traîner La Nuit des temps de Barjavel, surtout si tu l’as lu au lycée ou pendant tes études comme des millions d’adolescents. En dehors de la scène de cul dans la piscine entre l’héroïne et son mec, un passage aura peut-être retenu ton attention, parce que moi, bien : celui où pour croître et se multiplier, le pays ennemi utilise des sortes de tours diffusant aux alentours une pure énergie sexuelle, qui conduit hommes et femmes à s’accoupler avec le premier venu, dans les rues, sur les trottoirs, n’importe où.

Pas très respectueux des libertés humaines, il faut bien l’admettre.

Oui mais voilà, c’est pour le bien de tous. La perpétuation de la race humaine se joue ici, mes amis. Parfois même carrément notre survie à long terme. Quand je disais que le pire est à venir, je ne plaisantais pas.

Ah ça, tu prenais du bon temps, jusqu’ici, à partager tes gamètes de manière aléatoire et totalement illégale ! Mais c’est terminé, maintenant, salopard de rebelle, criminel dépravé, terroriste génétique ! Tes accouplements ne se feront plus désormais qu’avec le partenaire choisi par la communauté, au moment voulu par la communauté et sous la supervision de la communauté ! Procréez et multipliez pour la plus grande gloire de notre espèce !

Sexualité altérée…

Et tout ça, encore, c’est gentillet.

La science-fiction aime pousser les choses assez loin, et les auteurs ne s’en sont pas privé.

Quand le problème devient radical, les mesures doivent être radicales. Efficaces, optimisées, franches et directes.

Nous avons un problème de surpopulation. Solution : supprimer les rapports sexuels. Oui, mais les gens aiment bien ça, on va pas pouvoir les en empêcher ! Solution : dissocier l’accouplement du processus reproductif.

Suivant ce raisonnement, dans La Guerre éternelle de Joe Haldeman, les Nations Unies décrètent que l’homosexualité est obligatoire et que l’hétérosexualité devient illégale.

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Messieurs, passez votre chemin.

Radical, mais efficace. Alors bien sûr, au début, y’en a toujours qui rechignent un peu, mais au bout de quelques dizaines d’années, la planète s’y fait très bien. Mandella, le héros du roman, né dans les années 80 aux États-Unis, se retrouve par le jeu de la dilatation temporelle traverser les siècles au point de se retrouver à quelques individus près le dernier hétérosexuel.

… voire supprimée

Mais ce n’est pas encore assez efficace. Il restera toujours de graves déviants comme ce Mandella, tout prêt à corrompre ses proies avec des idées du passé.

Quand on y pense, l’accouplement et les copulations, c’est une perte de temps et une grosse source de frictions (dans les deux sens du terme). Pour se reproduire, finalement, on a besoin de quoi ? Un gamète mâle et un gamète femelle, et puis c’est tout. Tu les fous dans une éprouvette, tu mélanges et puis basta.

Il faut juste des femmes pour faire pousser le bouzin pendant neuf mois. Le reste, on s’en balance. Donc, les mecs, vous aller nous donner votre petit stock, on va congeler tout ça – à moins que vous préfériez qu’on vous parque dans des cages – et hop, hasta la vista, adios hombres, vous pouvez aller pourrir en enfer, on veut plus voir vos gueules.

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Girl powaaaa !

Ah, la parthénogenèse. Quel divine trouvaille pour la tranquillité de tous. Pourquoi s’encombrer de deux sexes quand un seul suffit pour se reproduire ? Pamela Sargent dans Le rivage des femmes, David Brin dans La jeune fille et les clones et bien d’autres romans nous dépeignent des sociétés féminines où le fier mâle humain est réduit à sa plus simple expression, à savoir un chromosome Y.

Dans la bande dessinée Y, le dernier homme de Vaughan et Guerra, les mâles disparaissent à la suite d’une catastrophe, et les femmes, au final, finissent par très bien s’adapter à la situation.

Alors, on fait moins les malins, les mecs ?

Les insectes sont nos amis, il faut les aimer aussi

Bon, après, il suffit d’un petit manque d’approvisionnement, d’une éprouvette pétée pour que tout parte en couille – sans mauvais jeu de mots – et que l’humanité finisse en photos de fossiles dans les livres d’histoire de la prochaine espèce dominante.

C’est pourquoi homo sapiens ferait bien de s’inspirer de techniques complexes mais rodées qui ont fait leurs preuves pendant des millions d’années – cent, pour être précis – et ont permis à des espèces de survivre en toute quiétude à plusieurs extinctions massives, dont celles des dinosaures.

Jamais entendu parler du polyéthisme de caste ? Alors c’est que tu es probablement plus stupide qu’une fourmi, qui pratique la chose sans même y penser.

Au lieu de se comporter de manière égoïste en cherchant chacun dans son coin à placer son petit bout de truc à tous les endroits prévus à cet effet qui passent à portée, les fourmis la jouent collectif. Il y a une caste de reproducteurs, dominée par une reine, et des castes stériles, ouvrières et guerrières, dont la seule motivation est d’aider, nourrir et protéger les reproducteurs pour assurer la survie de l’espèce. L’individu ne compte plus, seule la perpétuation des gènes est importante.

Dans sa trilogie Coalescence / Exultant / Transcendance, Stephen Baxter a donc imaginé des sociétés humaines calquées sur le modèle des fourmis. Mais plus des humains intelligents qui communiquent en parlant. Non non, des humains avec un esprit de ruche bien dégueulasse, rassemblés dans des souterrains creusés à la main avec des salles de reproduction de style « Quand Alien croise Human Centipede », qui se reproduisent et essaiment comme des cafards et que les humains « normaux » peinent à éradiquer avec leurs Space Rangers équipés en mode dératiseur.

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Ouais, là, je pense que l’excitation que tu pouvais ressentir en début d’article est définitivement et totalement oubliée.

Sexe et photocopieuse

Donc, bien tenté, mais c’est un poil régressif.

Tentons l’excès inverse et remettons-nous en aux progrès de la science. Faisons confiance à nos savants pour développer les biotechnologies qui nous éviteront de subir les choix erratiques du mélange des gènes, l’épouvantable lenteur de la croissance foetale et surtout, le dur labeur de l’enfantement.

Et puis l’important, comme on l’a dit, c’est de perpétuer l’espèce. Au lieu d’additionner un et un, laborieusement, comme des écoliers de maternelle, changeons d’opérateur mathématique et passons à la multiplication. Welcome la reproduction par clonage ! Quelques éprouvettes et deux-trois dizaines de cuves, ça vous peuple plusieurs planètes entières en un rien de temps  ! Control-C, Control-V, pouf-pouf dans les matrices artificielles et hop, faites coucou aux bébés !

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Bon, d’accord, ils ont un peu tous la même tête. Et alors ?

Le sujet du clonage étant l’un de mes thèmes de prédilection, je l’ai déjà longuement traité dans un article précédent, notamment pour y exprimer ma frustration à ne trouver quasiment que des traitements faciles et rapides du clonage dans la littérature ou au cinéma. Et comment, en approfondissant un peu l’idée et en évitant les traditionnels poncifs, on pouvait obtenir une trame riche et bien plus intéressante.

Ainsi, le roman que je prépare depuis déjà pas mal de temps dépeint une société se reproduisant uniquement par clonage, façon Aldous Huxley dans Le Meilleur des mondes, mais sans la frustration profonde que j’ai ressentie dans ce roman, où les rapports humains – les relations entre les uns et les autres, hein, pas le sexe – ne sont pas traités à mon sens de manière crédible.

Il suffit d’y réfléchir intensément pour que quelques conséquences évidentes viennent spontanément à l’esprit :

  • Déjà, il faut élever les enfants, et les « crèches collectives gérées par des robots » sont irréalistes. Il faut de vrais parents qui exercent un vrai rôle parental. Alors quelles règles sociales devraient être mises en place pour imposer à des adultes conçus par clonage d’élever des nouveaux-nés fabriqués de la même façon, qui n’ont peut-être aucun lien de parenté avec eux ?
  • D’autre part, comment agirait dans une telle société un clone qui refuserait catégoriquement ce mode de reproduction ? Comment apprendrait-il l’existence de la reproduction naturelle ? Serait-il capable de se livrer à des attaques terroristes dans un élan fanatique pour justifier ses choix ?
  • Enfin, si une femme tombait enceinte malgré toutes les précautions prises en matière de stérilité, comment réagirait le gouvernement d’une telle société ? Surtout si ledit gouvernement se trouve démuni en matière d’informations sur la gestation naturelle.

En plus de ces trois-là, je me suis retrouvé avec des centaines d’autres conséquences sociales imbriquées les unes aux autres. Une société humaine se reproduisant par clonage n’aurait rien d’une photocopieuse Xerox, les amis, ça, je peux vous l’assurer.

Sexe et bits

Quand on en arrive à commettre des jeux de mots pareils dans ses sous-titres, c’est qu’il est grand temps d’arrêter. Terminons donc cet article sur une note un peu plus cyberpunk.

Ouais, parce que jusqu’ici, on n’a parlé que de sexe dans le monde réel. Le sexe virtuel a pour sa part tellement d’avantages qu’il serait vraiment trop long de les énumérer – et puis, bon, tu les connais déjà tous, hein, on va pas se mentir : il te suffit d’ouvrir un onglet de navigateur et de taper dans Google ce qui te passe par la tête.

Tout ce qui te passe par la tête.

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Je ne veux rien savoir.

Oui mais voilà, tu es sur SF Zone, pas sur un site de cul, bien qu’il y ait quelques seins qui trainent sur cette page web.

Arrêtons de penser avec le dessous de la ceinture et réfléchissons un peu. Si le sexe et la reproduction, comme on l’a vu, sont intimement liés, pourquoi ne le seraient-ils pas non plus dans les mondes virtuels ?

  • Imaginons qu’une entreprise propose de passer quelques jours à élever des enfants « à l’essai » dans une simulation virtuelle, pour de jeunes couples hésitant à sauter le pas. Que se passerait-il si les choses allaient trop loin ? Si, en activant une option payante au beau milieu de la simulation, la fiction rejoignait la réalité et que l’enfant se retrouvait à exister pour de vrai ?
  • Faire l’amour avec une intelligence artificielle, c’est entendu. Mais concevoir un enfant avec elle, ça donnerait quoi ?
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En français : Développement Adolescent Robotoïd Yttrium Lasérisé (Best traduction ever.) (D.A.R.Y.L.)

  • Enfin, dans une société où il deviendrait possible de s’immerger en longue durée dans un monde virtuel en mode Matrix (ou dans les rêves, en mode Inception), un couple fait un enfant et l’élève. Que se passe-t-il en cas de divorce ? Peuvent-ils le dupliquer ? Et que devient cet enfant une fois qu’il a grandi et atteint son autonomie ?

Pire encore : que devient cet enfant que l’on a aimé, chéri et vu grandir lorsque la simulation s’arrête ?

Je rappelle qu’au départ, on était censé parler de sexe. Malheureusement, on était aussi censé parler de science-fiction.

Ni érotique, ni pornographique, bien au contraire.

Je t’avais prévenu.

  • Arnaud Lécuyer

    Finir sur DARYL, c’est la cerise ! 😉

  • NotQuiteStill

    « Il faut tout de même se rendre à l’évidence que lorsqu’un humain et un alien en viennent à se baisser mutuellement la culotte, eh bien, anatomiquement, c’est pas pareil. On a beau avoir envie, y’a comme un truc qui va pas. Les machins peuvent pas rentrer dans les choses ni les bidules s’insérer dans les trucs.

    Et encore, là, on parle d’humanoïdes. Quand les différences physiques sont plus accentuées, une relation sexuelle devient encore moins crédible. »

    Je ne sais pas trop. Est-ce que ce n’est pas plutôt le sexe hétéronormé (pénétration d’un pénis dans un vagin) qui devient moins crédible? Après tout, on sait que les relations sexuelles ne se limitent pas purement à la pénétration et ne nécessitent pas forcément de bidules qui s’insèrent dans des trucs. Récemment j’ai lu L’espace d’un an, de Becky Chambers (attention, léger spoiler en approche). La protagoniste principale, qui est une humaine, se lance dans une relation avec une aandriske (qui est un genre de lézard bipède). Les deux personnages sont enthousiastes mais un peu intimidés aussi parce qu’elles ne savent pas trop comment elles vont s’y prendre. L’autrice laisse les détails à l’imagination des lecteur•ice•s, elle n’apporte pas vraiment de réponse mais ce qui est important je pense, dans le cas d’une relation sexuelle qui n’aurait pas de but purement reproductif, c’est de connaître les zones qui donnent du plaisir et d’apprendre à les stimuler. Auquel cas, est-ce qu’une relation humain•e/alien est tellement peu crédible? Ou est-ce une relation hors pénétration qui ne serait pas crédible? Du coup, est-ce que la SF ne permet pas, encore une fois, de challenger les normes via ces relations interespèces?

    • Yep, tu as absooolument raison.

      Le paragraphe que tu cites conclut un lourd contexte historique basé sur le sexe hétéronormé tel qu’on le voyait dans les années 60 et ce serait une erreur de limiter le sexe à ça.

      D’ailleurs j’avais pensé sortir un gag avec les tentacules juste à ce moment-là pour rappeler qu’il y a des exceptions mais bon, dur de trouver un gif pas trop trash ^^

      Alors oui, les questions que tu soulèves sont absolument justes et la science-fiction est en effet idéale pour « challenger les normes », comme je l’évoque un peu rapidement en citant le bouquin d’Ursula Le Guin.

      Je compte donc faire un edit suite à ta remarque, donc un très grand merci.

      En attendant, pour te démontrer que mes histoires ne seront pas hétéronormées, voici un tweet qui résume très bien ma position (si j’ose dire) :

      Un roman de science-fiction avec 800 millions de pansexuels, qui dit mieux ? 😉 Bon courage à tous et toutes— SF Zone (@sfzone_) 6 novembre 2017

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