Ils avaient prévu Trump : l’Amérique totalitaire dans la science-fiction

Eh bien, il semblerait que nous soyons sur le point de vivre, comme on dit en Chine, des « temps intéressants ». Un temps dont l’intéressé lui-même ne semble pas savoir ce qu’il fera, du moins si l’on en croit sa première interview après son élection devant les caméras américaines. Comme s’il ne s’attendait pas à gagner.

Contrairement aux Simpson, qui savaient déjà tout.
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Contrairement aux Simpson, qui savaient déjà tout.

L’Amérique a désormais un gouvernement d’extrême-droite, du moins en partie. Nul ne sait à l’évidence ce qu’il en adviendra. Peut-être que le mandat de Trump sera basé sur un conservatisme forcené, une politique isolationniste et des réformes économiques salutaires, et qu’il en restera là. La planète souffrira un peu, sans doute, mais bon, le pouvoir finira bien par changer de mains un jour ou l’autre.

Ou pas. Car une fois le premier point de basculement franchi, il est difficile d’empêcher les suivants, beaucoup plus sombres, d’être franchis à leur tour.

Si tu te demandes ce qu’il va se passer maintenant que l’extrême-droite est au pouvoir aux États-Unis, surtout, n’aie aucune inquiétude. Pas la peine de te ronger les sangs en attendant de voir se déclencher l’avalanche.

Il te suffit d’aller dans ta médiathèque ou ton site de streaming préféré et de piocher parmi quelques histoires de science-fiction qui ont déjà prévu, parfois des décennies à l’avance, les menaces qui pourraient faire tomber la démocratie américaine.

Qui sait ? Ces histoires pourraient représenter un guide vital pour garantir ta survie dans un futur proche. Pas de panique !

Non, pas ce guide-là. Quoique, tout bien réfléchi, lis-le aussi. Ce sera sans doute l’un des seuls à te faire rire. Et ça, tu risques d’en avoir besoin.
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Non, pas ce guide-là. Quoique, tout bien considéré, lis-le aussi. Ce sera sans doute l’un des seuls à te faire rire. Et ça, tu risques d’en avoir besoin.

Le totalitarisme comme décor

Que ce soit en littérature, en bande dessinée, dans les séries TV ou au cinéma, on compte des dizaines et des dizaines d’histoires où les États-Unis sont dépeints de façon sombre et inquiétante, le plus souvent « dans un futur proche ».

On y trouve, pêle-mêle :

Des présidents désignés par le tout puissant capital, à la tête de mégacorporations.
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Des présidents désignés par le tout puissant capital, à la tête de mégacorporations (Shelby Forthright dans Wall-E)

Des présidents insatiables qui changent la constitution pour briguer un troisième mandat (Richard Nixon dans Watchmen)
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Des présidents insatiables qui changent la constitution pour briguer un troisième mandat (Richard Nixon dans Watchmen)

Des présidents ultra-conservateurs qui exilent les populations indésirables et plongent le pays dans l’obscurantisme avant de se faire élire à vie.
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Des présidents ultra-conservateurs qui exilent les populations indésirables et plongent le pays dans l’obscurantisme avant de se faire élire à vie (Los Angeles 2013)

Ces sombres visions de l’avenir nous font grincer des dents. On se sent gêné en les regardant, parce qu’elles donnent à voir ce qui pourrait se passer dans le futur si l’on laisse les méchants prendre le pouvoir.

Mais pas trop longtemps, car justement, dans chacune de ces histoires, ce sont des méchants. Et qui dit méchant, dit héros qui n’a pas oublié l’idéal de liberté et de démocratie qui prévalait autrefois.

Un héros qui sauve le monde et renvoie le méchant président dans les poubelles de l’histoire.

C’est pourquoi le totalitarisme est avant tout un décor dans ces récits et ces scénarios. Les méchants sont en fin de règne, commettent de plus en plus d’erreurs et dans la plupart des cas, finissent par s’exposer une fois de trop en voulant écraser le gentil.

Les régimes autoritaires qui sont décrits sont destinés avant tout à cristalliser les peurs du spectateur, afin d’être en position de placer la figure du héros comme défenseur de la démocratie, de la liberté ou de l’environnement (rayer les mentions inutiles), en opposition au méchant pouvoir en place.

Contrairement aux apparences, le président catcheur porn-star qui tire à l’AK-47 pendant ses discours est un gentil, lui. Malgré sa bêtise insondable, il est pourtant assez intelligent pour désigner le héros comme son successeur.
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Contrairement aux apparences, le président catcheur porn-star qui tire à l’AK-47 pendant ses discours est un gentil, lui. Malgré sa bêtise insondable, il est pourtant assez intelligent pour désigner le héros comme son successeur (Idiocracy).

Le totalitarisme par accident

Alors là, c’est la faute à pas de bol.

Les États-Unis sont tombés dans le fascisme et l’autoritarisme, mais c’est venu sans crier gare. On y peut rien, désolé, on avait pas vu le coup venir.

La faute à la bombe atomique. La faute aux mutants. La faute aux superhéros. La faute au virus zombie.

Mince, on a perdu la Seconde Guerre Mondiale.
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Mince, on a perdu la Seconde Guerre Mondiale (Le Maître du Haut-Château).

Mince, on a joué aux cons avec la couche d’ozone.
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Mince, on a joué aux cons avec la couche d’ozone. (Hunger Games).

Quand ça pète et que la civilisation s’effondre, évidemment, on se retrouve tout de suite dans une ère de seigneurs de la guerre. La loi du plus fort, du talion et toute cette sorte de choses.

Dans ces scénarios uchroniques, post-apocalyptiques ou bien fantastiques (dans le cas des superhéros), l’humain de base – c’est-à-dire toi et moi – ne peut pas être accusé d’avoir eu la bêtise de se laisser berner par les urnes.

Il subit placidement son sort sans avoir connu l’ère bénie de la démocratie, réduite à des vestiges et quelques vagues légendes.

Jusqu’à ce qu’un héros décide que ça suffit, parce que le méchant, là encore, se trouve en fin de règne.

Ou en début de règne.
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Ou en début de règne (Hunger Games).

Et c’est là encore un décor.

Le totalitarisme insidieux et rampant

Ce qui fait que toutes ces histoires posent la question de la liberté et de la démocratie, oui, mais pas assez pour que le lecteur ou le spectateur prenne le temps de réfléchir pour se demander comment les États-Unis ont pu en arriver là.

Car imaginer un futur sombre, ça, tout le monde a su le faire, comme on vient de le voir avec cette multitude d’exemples.

Il en faut donc plus pour réussir à vraiment faire peur à des américains.

Par exemple, démontrer que l’extrémisme n’est pas un décor que l’on peut stocker dans un hangar une fois le film terminé. Et qu’il n’y aura pas de héros pour sauver le monde si la démocratie déconne.

Comme n’importe quel régime, comme n’importe quel empire, les États-Unis sont tout à fait capables de basculer dans le totalitarisme le plus noir. Les libertés ne sont pas acquises pour toujours. Il suffit d’ouvrir un livre d’histoire – que les américains ont malheureusement courte, au contraire des européens que nous sommes.

Longue vie au roi Washington !
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Longue vie au roi Washington !

Pour paraphraser une métaphore typiquement américaine, si on ne l’alimente pas suffisamment, le phare de la liberté peut s’éteindre en une nuit, laissant les hommes s’écraser dans l’obscurité sur des récifs invisibles.

Le mécanisme est connu. Il est bien rodé. On en a eu l’expérience au vingtième siècle, après tout.

Il suffit de commencer par descendre une première marche. Et cela passe en général par les urnes.

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Car il n’y a pas que l’incendie du Reichstag. Même Star Wars explique le principe en détail. Tu pourras pas dire que tu savais pas !

Quand il ne surgit pas d’un coup à cause d’un deux ex machina – mais ça, bien sûr, ça ne marche qu’à Hollywood – le totalitarisme s’enracine lentement, en prenant son assise dans la démocratie qu’il dévore peu à peu de l’intérieur.

C’est un processus lent, insidieux et quasi invisible.

Une petite liberté par ci, un contre pouvoir par là, et hop, terminée, la démocratie. Comme la fameuse grenouille dans la casserole, qui ne décide de sauter de l’eau que lorsqu’il est déjà trop tard.

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Il te regarde droit dans les yeux et te dit tous ses secrets. Et pourtant, tu fais comme si de rien n’était. Parce que tu es tellement fasciné que tu veux savoir jusqu’où il va aller. Parce que c’est une fiction et que tu es convaincu que ça n’arrivera pas. Alors que ça pourrait. Alors que ça se passe peut-être en ce moment même.

Trois romans de SF qui prédisent la chute de la démocratie américaine

Trois auteurs de science-fiction américains ont dépeint le processus de cette descente aux enfers telle qu’elle pourrait survenir aux États-Unis aujourd’hui.

Et attention : leurs livres ne datent pas de l’année dernière, au moment où l’on a appris que Donald Trump se présentait à l’investiture républicaine et que ça sentait le roussi pour les démocrates.

Non, on parle de romans de science-fiction écrits voilà plus de vingt ans, qui restent pourtant criants d’actualité dans leur façon de décrire l’effondrement du système.

Le printemps russe, Norman Spinrad

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Spinrad est un écrivain américain qui a un passé d’enfant terrible dans son pays d’origine.

Polémique et provocateur, plusieurs de ses plus célèbres livres ont fait scandale aux États-Unis, au point qu’il décide de déménager à Paris pendant le mandat de Reagan et de ne plus revenir.

Par esprit de controverse – de revanche aussi, peut-être – mais d’abord parce que c’est un visionnaire qui connait l’âme de son pays mieux que ceux qui y vivent, il a décrit dans au moins deux romans ce que pourrait donner la tentation totalitaire aux États-Unis.

Dans Le Printemps russe, écrit au début des années 90, Spinrad a donné le beau rôle à l’ennemi de toujours. L’URSS est devenue une superpuissance éclairée et pacifique, tournée vers la conquête spatiale, alors que les États-Unis s’enfoncent dans l’isolationnisme, le militarisme et se laissent gouverner par des présidents plus stupides et racistes les uns que les autres.

Dont un certain président Carson qui n’est pas sans rappeler certains hôtes de la Maison-Blanche plus ou moins récents – décrits bien avant l’heure par Spinrad, bien sûr, ce qui est d’autant plus pire.

Dans Les années fléaux, écrit juste avant, trois nouvelles décrivent la décadence de l’Amérique suivant plusieurs causes possibles. Crise économique, inégalités dans la répartition des richesses, cartels de la drogue, criminalité rampante, tout y passe.

Un vrai brûlot qui ratifie de façon définitive le divorce de Spinrad avec ce pays qui l’a fait souffert, mais qu’il aime pourtant envers et contre tout. Comme s’il avait voulu informer ses compatriotes du danger à laquelle leur chère Amérique s’expose si elle se laisse dévorer par ses démons.

Journal de nuit, Jack Womack

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Un roman coup de poing qui décrit la chute des États-Unis telle qu’elle pourrait avoir lieu dans un futur proche.

En précisant que le roman a été écrit voilà vingt ans, et que le futur proche dont il est question est peut-être notre présent.

Sans doute le plus terrifiant dans sa manière de traiter la fin de la démocratie, des libertés et de toutes les valeurs américaines car il décrit avec réalisme le processus gradué d’une nation qui s’enfonce doucement dans le totalitarisme.

Jack Womack a choisi de décrire ce monde avec les yeux d’une petite fille de douze ans, dont on suit le journal intime suivant le modèle du Journal d’Anne Franck.

La jeune préado ne connaît rien à la politique, ne comprend pas bien les changements qui s’opèrent autour d’elle, si bien qu’elle ne laisse dans son journal que des indices sur ce qui se passe vraiment.

Par le traitement banal des atrocités qui ont lieu autour d’elle, à peine esquissés par des remarques en passant ; par la description de sa famille, au départ unie et heureuse, puis dissolue et détruite sans explications précises ; par le tableau final de l’Amérique qui est décrit à la fin dans un New-York dévasté et pourri jusqu’à l’os, Journal de nuit est le film d’horreur absolu de la démocratie américaine.

Un chef-d’oeuvre qui n’a pas eu le succès qu’il méritait lors de sa sortie aux États-Unis, notamment à cause de la censure passive des distributeurs du fait que l’héroïne est homosexuelle. Une forme de censure qui n’est pas sans rappeler d’autres totalitarismes, quand on y réfléchit.

Journal de nuit a été réédité en poche en France en 2015. Prémonitoire ou pas ? À toi de te faire ton opinion.

Le maître du hasard, Robert Silverberg

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Le prolifique Silverberg a signé ce roman rageur à la fin des années 70, juste avant de déclarer que ce serait le dernier, lassé et déçu du monde impitoyable de l’édition. Ce ne sera bien sûr – et heureusement – pas le cas, puisqu’il reviendra dans les années 80 avec le formidable Cycle de Majipoor.

Également connu dans ses premières éditions sous le nom de L’homme stochastique – titre plus cryptique et donc un peu moins vendeur – ce roman dépeint la vie d’un « stochasticien » à New-York à la fin du vingtième siècle. Son métier consiste à conjecturer tous les faits possibles afin de prédire l’avenir, ce qu’il réussit plutôt bien. Embauché par Quinn, un politicien charismatique et ambitieux, le héros, qui est en quelque sorte un « médium scientifique », utilise ses talents pour l’aider à accéder aux plus hautes marches du pouvoir.

Jusqu’à ce qu’il découvre trop tard que l’avenir qu’il a contribué à créer n’aura rien de radieux avec cet homme.

Le maître du hasard questionne davantage la fatalité et le libre arbitre que la démocratie américaine. Mais la description du politicien Quinn, si charismatique que même ses ennemis le trouvent irrésistible, n’est pas sans rappeler le pouvoir d’illusionniste détenu par les politiques américains du fait de leur parfaite maîtrise de leur image et de leur communication.

Ce même pouvoir d’illusionniste qui conduit les américains – et les autres – à acclamer comme des sauveurs ceux qui seront peut-être plus tard les fossoyeurs de leur démocratie.

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Sur ce, le président Skroob te salue bien.

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