Comment ancrer la science-fiction dans le réel (et en finir avec les clichés du genre)

Comme je l’ai déjà martelé dans un article précédent, un écrivain de science-fiction n’est pas nécessairement un astrophysicien, mathématicien ou un chercheur en informatique. Tout comme un écrivain de fantasy n’est pas toujours un linguiste ou spécialiste d’histoire médiévale.

Ça peut paraître cliché pour toi, mais malheureusement les clichés ont la vie dure. En particulier pour ceux qui ne connaissent pas les littératures de l’imaginaire.

Ou plutôt, qui les méconnaissent.

Les littératures de l’imaginaire sont d’abord de la littérature

La science-fiction, ce n’est pas seulement de la science. C’est avant tout une réflexion sur notre futur, notre humanité et même notre réalité. Ce sont des personnages qui se posent les mêmes questions – et même de plus intéressantes, oserais-je dire – que d’autres personnages de la littérature blanche. Ce sont des textes au style incomparable, aussi puissants et fondateurs que la littérature dite « classique ».

C’est la raison pour laquelle cette indécrottable dichotomie entre la « noble » littérature blanche et les « sous-littératures » de l’imaginaire n’a jamais été et ne sera jamais qu’un énorme ramassis de conneries. Des faux-culs font passer de la science-fiction ou de la fantasy pour de la littérature blanche afin qu’elle se vende mieux, où elle sera lue par des lecteurs méprisants envers nos genres adorés qui se seront convaincus que ce n’en est pas.

Question de prestige. Question d’éditeur, tu comprends.

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Totalement pas de la science-fiction.

Mais je n’ai pas envie de partir sur ce débat qui pourra faire l’objet d’un autre article. Là où je veux en venir, c’est que si des faux-culs usent de ce procédé, qu’est-ce qui t’empêche en retour d’écrire tes histoires relevant de l’imaginaire en usant des mêmes procédés que la littérature blanche ?

Une simple question de justesse des rapports humains

Analysons un instant ce qui fait le succès de tous les romans qui ne relèvent pas de l’imaginaire. Où penses-tu que les auteurs trouvent leur inspiration ? C’est simple, ils se nourrissent de leur propre vécu et de leur expérience des rapports humains, puis ils les extrapolent pour dépeindre des situations vraisemblables dans le monde contemporain. Et pour ceux qui souhaitent planter leur décor dans une époque passée, ils n’ont qu’à se baisser pour trouver une abondante documentation déjà disponible.

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« Qui a demandé l’année 1984 ? »

Simple, ce qui signifie qu’en tant qu’écrivain de l’imaginaire, tu peux faire exactement la même chose. À ceci près que tu ne dépeindras sans doute pas ces situations à une époque présente ou passée.

Tel un bon livre issu de la littérature classique, un bon livre de science-fiction ou de fantasy dépend de la justesse de ses personnages et de ses situations, du style de son auteur – mais pas toujours – et non des sciences imaginaires ou des créatures étranges qui le peuplent.

Aux yeux de tes lecteurs, la justesse de tes histoires ne se trouve pas uniquement dans les situations et les décors imaginaires que tu inventeras. Elle se trouvera aussi dans la façon dont ils se reconnaîtront dans tes personnages et ton intrigue.

Et comme tes lecteurs sont humains, et que tu l’es également, tu sais maintenant pourquoi les littératures de l’imaginaire sont si difficiles à écrire – et ont tant de difficulté à convaincre des lecteurs qui ont du mal à s’écarter de situations qui ne correspondent pas à la leur. C’est la faiblesse intrinsèque des littératures de genre par rapport à la littérature blanche.

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« Cette scène située dans un univers imaginaire ne pourra jamais faire partie de la culture populaire ! »

Nourris-toi de ton expérience et de ton vécu

Voici quelques mois, j’ai écrit une nouvelle de science-fiction dont je suis très fier – elle est encore en soumission à l’heure où j’écris cet article. Le truc, vois-tu, c’est que j’ai été surpris du peu de difficultés que j’ai eu à planter son contexte et son décor. Le texte me venait presque tout seul, sans difficulté, avec une précision incomparable par rapport à mes autres textes, où je dois en général m’arrêter net en ramant du cul pour inventer des détails plausibles au fur et à mesure de l’écriture.

Ce n’est qu’après coup que j’en ai compris la raison. C’était une nouvelle d’anticipation, ce qui veut dire que l’intrigue était située dans notre monde contemporain. Que je connaissais déjà sur le bout des doigts.

En m’inspirant de mes nombreux voyages aux quatre coins de l’Europe, j’ai pu décrire en détail des spécialités culinaires que j’ai réellement goûté – et pour certaines, cuisinées. Ce qui m’a permis d’écrire mon texte sans effort en apportant un luxe de détails sur les odeurs, les couleurs, les textures et les saveurs.

En m’appuyant sur une précédente expérience professionnelle qui m’a conduit à connaître sur le bout des ongles le fonctionnement des institutions européennes, je n’ai eu qu’à me servir de ces dernières comme d’un décor crédible, en me limitant à de simples vérifications rapides en cours de route.

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Directive 2014/551/UE du Parlement européen et du Conseil du 27 novembre 2014 relative à la représentation des institutions européennes dans un texte à caractère fictionnel ou parodique

Un écrivain ne parle jamais aussi bien que de ce qu’il connaît déjà. Cela vaut pour les adeptes de la littérature blanche comme pour ceux des littératures de genre. C’est pourquoi l’une des meilleures façons de trouver l’inspiration et d’enrichir tes histoires consiste à puiser dans ton vécu.

Tu es d’abord un humain qui parle à d’autres humains

Ce que cette anecdote m’a enseigné, c’est que si je me mettais à écrire de la littérature générale, là, maintenant, je serais peut-être capable d’être trois fois plus rapide dans mon écriture tout en étant susceptible de toucher cent fois plus de lecteurs.

C’est peut-être présomptueux. Ça l’est sans doute. D’autant qu’à l’heure actuelle, j’en serais probablement incapable. Quelle que soit la situation humaine « classique » que je prenne en compte, mon esprit tordu se met systématiquement à la triturer pour en faire un objet de l’imaginaire.

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Déformation professionnelle.

C’est sûrement la même chose pour toi : des situations croisées par hasard au fil de ton existence vont t’inspirer des histoires qui se passent dans d’autres mondes que le nôtre.

Des situations que tu mettras beaucoup moins de temps à retranscrire que des situations imaginaires, parce que tu les auras vécues. Des situations qui paraîtront beaucoup plus vraisemblables aux yeux de tes lecteurs, parce qu’enrichies de rapports humains et d’émotions véritables ayant réellement eu lieu.

Donner le beau rôle aux littératures de genre

Ce qui est certain, c’est que les littératures de l’imaginaire ont la chance de pouvoir reproduire ce procédé qu’on pensait pourtant réservé à la littérature blanche, soi-disant plus « légitime », plus « réputée » – alors qu’elle est surtout beaucoup plus consensuelle.

Tandis qu’évidemment, cette dernière se trouve dans l’impossibilité de nous imiter à son tour. Et c’est là sa grande faiblesse intrinsèque.

Alors qu’attends-tu pour t’inspirer de ton vécu pour composer tes histoires ? Qu’attends-tu pour plonger tes personnages imaginaires dans des situations qui ont réellement eu lieu ?

Qu’attends-tu pour aspirer tout ce qui fait le suc de la littérature générale et prouver ainsi que les lettres de noblesse dont elle se pare mériteraient bien un petit coup de guillotine ?

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« Qui a demandé l’année 1789 ? »

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