11 trucs redoutables pour réveiller une intrigue ennuyeuse (Part 1)

Alors voilà, le soldat arrive sur la planète du méchant, il traverse une bataille épique et paf, il terrasse le boss de fin. Ensuite ? Ben, il sauve la jolie fille. Pis ils se marient.

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Ayé ! J’ai fini !

Ok, mon petit, on va pas se mentir : il va falloir me secouer un peu tout ça si tu ne veux pas que tes lecteurs (ou pire, tes éditeurs) se mettent à bailler à la page vingt et que ton bouquin finisse en papier toilette recyclé.

Un excellent indicateur de l’ennui généré par une histoire raplapla consiste à la relire soi-même. S’il s’avère que c’est toi qui te mets à bailler à la page vingt, s’il te vient l’envie soudaine de sauter le passage parce que bon, soit dit entre toi et toi, c’est franchement un peu chiant, tu peux être sûr qu’il y a un sérieux problème.

Autre situation : tu commences une histoire sans trop savoir où elle va te mener, puis au bout d’un moment – en général vers le milieu – tu commences un peu à perdre pied, quand ce n’est pas carrément l’inspiration. Au mieux, tu passes à autre chose. Au pire, tu poursuis ton histoire coûte que coûte jusqu’à la terminer, même si elle te semble toujours aussi insipide et ennuyeuse.

Oui, au pire. Si tu ne le fais pas pour tes lecteurs, fais-le au moins pour toi-même ! Ces centaines d’heures passées sur ton texte ne doivent pas être gâchées par la publication d’une histoire de piètre qualité.

Alors lorsque ton cerveau est si embrumé qu’il n’est plus capable de sortir que de la soupe fadasse, lorsque tes personnages se mettent à s’allonger d’eux-mêmes dans leur lit en attendant que quelque chose d’intéressant survienne, c’est qu’il est grand temps de faire un break.

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Allons Rrrh… sauver le mondrrrhon…

Découvre ci-dessous 11 méthodes redoutables (et pas si compliquées) pour faire d’un rouleau de papier cul en devenir une véritable intrigue qui casse des briques à sa mémé.

Et histoire de ne pas te réveiller trop vite, je vais commencer par verser d’abord une petite goutte de rhum dans la tisane verveine-citron que tu tiens à la main, avant de te prescrire le fameux trio harissa-tabasco-redbull réservé uniquement aux cas d’intrigus chiantex maxima les plus graves et les plus désespérés.

1. Intensifie les rapports de force

« Oh, mon amour, tu m’as sauvée ! Épouse-moi.
— Je ne t’ai croisée qu’une fois à la page trente mais je sais que je t’aimerai toute ma vie ! »

La petite goutte de rhum dont je parlais à l’instant sera une petite goutte de colle, en réalité. Une solide dose de super-glu, si ça ne tenait qu’à moi, mais bon, c’est ton histoire, c’est donc toi qui jugeras.

Une petite goutte de colle dans les rouages de ton intrigue, histoire qu’ils se mettent à gripper un peu.

En créant davantage de complications dans les rapports entre tes personnages, tu vas amorcer des tensions et des sources de conflits qui vont venir enrichir naturellement ton intrigue. Et vont, au passage, apporter du relief, de la consistance et de la personnalité à tes héros.

Intensifier les rapports de force ne signifie pas rendre le méchant encore plus méchant. Cela signifie que chaque protagoniste, qu’il soit allié ou ennemi avec un autre, dispose de son libre-arbitre et peut donc prendre des décisions divergentes de celles imaginées pour ton intrigue finale, pour les prétextes les plus futiles.

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La mauvaise haleine. On n’y pense jamais assez.

« Oh, mon amour, tu as tué mon père ! Jamais je ne pourrai t’épouser.
— Ah bon ? Ce robot démoniaque était ton père ? Écoute, ça tombe bien, ton vieux a buté mon frère, ma soeur, ma belle-tante, mon colonel et mon chien, alors je propose une thérapie de couple et on avise ensuite, okay ?

2. Adopte un autre point de vue

Cette fois, c’est la dernière porte ! Plus qu’une serrure à forcer et on fait péter la Marche nuptiale.

C’est l’histoire du Héros. Rien que la sienne. Il est jeune, il est beau, il est fort, il est irrésistible. Rien ni personne, y compris les plus infâmes scélérats, ne pourra l’empêcher d’épouser la fille de ses rêves. Car c’était écrit. Il y était prédestiné.

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« Allons sauver le monde » étant entendu ici comme un nous de majesté.

Évidemment, que c’était écrit. Évidemment, qu’il y était prédestiné, puisque c’est toi, l’auteur, qui a décidé que ce serait le cas. Espèce de dieu de pacotille.

En te confinant dans un univers monocentré autour d’un seul personnage, tu t’obliges à faire de ton héros un être exceptionnel, parce qu’à la moindre petite baisse de régime, c’est l’ennui garanti.

As-tu pensé à un autre angle d’approche pour ton histoire, comme le point de vue d’un autre protagoniste ? Décrire une intrigue selon plusieurs angles est un moyen redoutable pour offrir à tes personnages – et aux situations qu’ils vivent – des nuances beaucoup plus intéressantes.

Mon Dieu, je l’entends, il est en train de forcer la porte ! Cet horrible satyre aviné va me forcer à l’épouser ! Je suis perdue.

3. Provoque un faux semblant (on croit que… alors que)

« Mon amour, laissez-moi vous porter hors de cette prison fétide.
— Oh mon chéri, que vous êtes fort !

Est-ce que tu connais le syndrome du Lecteur Sith ? (Cherche pas, je viens de l’inventer.) C’est lorsque, à l’instar de Palpatine dans Star Wars, ton lecteur se met à susurrer à voix haute :

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« Tout se passe donc comme je l’avais prévu. »

Quand ça arrive, quand ton intrigue est tellement transparente que ceux qui la lisent ont l’impression de l’avoir écrite eux-mêmes, on se situe bien au-delà de l’ennui mortel. Ce n’est plus du papier-cul, c’est – passe-moi l’expression – du papier-cul usagé.

Lorsqu’ils lisent une histoire, les gens ont horreur que tout se passe comme prévu. C’est pareil au cinéma : quand tu découvres ce personnage secondaire « sympathique mais pas trop qui a l’air innocent mais pas trop » qui surgit sans vraie raison dans la vie du héros, tu sais, vingt minutes à peine après le générique, qu’il s’agit en réalité du grand-méchant-secret qui sera démasqué « à la surprise générale ».

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Également appelé le syndrome Scooby-Doo.

Alors débrouille-toi pour créer des fausses pistes. Pour faire de ce « possible méchant » un vrai gentil et de ce « vrai gentil » un vrai méchant. Pour faire de ce « possible méchant en fait vrai gentil » un méchant vraiment pas gentil mais en fait un peu quand même enfin du moins juste avec l’héroïne mais pas avec le héros parce qu’il peut pas le piffrer.

Enfin bref, tu as compris le principe.

Mon amour, laissez-moi vous porter hors de cette… ouh, la vache, vous faites pas votre poids !
(L’hologramme se désactive) — Muhaha ! Tu croyais m’avoir tué ! Erreur ! (Le robot l’embrasse et lui injecte un puissant venin de crotale)

4. Ajoute une histoire dans l’histoire

« Excusez mon retard, mon amour, j’ai eu du mal à garer le vaisseau.
— Ce n’est rien, tendre aimé, je n’ai fait que penser à vous et à l’amour que nous éprouvons l’un pour l’autre.

Alors là, tu peux toujours courir pour qu’on excuse ton retard, mon salopiaud. Ta prisonnière de petite amie s’est faite torturer de mille et une façons plus ou moins perverses – suivant l’imagination de ton auteur et l’âge théorique de ses lecteurs – alors ce n’est pas avec un mot d’excuse forgé de toutes pièces digne du dernier des cancres que tu vas t’en sortir.

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« Nan mais sérieux, t’as déjà essayé de faire un créneau avec un vaisseau de deux kilomètres de long ? »

Dans toutes les histoires – et ça inclut la tienne – on trouve plusieurs personnages qui se séparent, suivent chacun leur propre voie puis se réunissent.

Dans Les Cantos d’Hypérion de Dan Simmons, on a affaire par exemple à sept personnages, sept pélerins qui racontent leur histoire passée aux autres protagonistes au fur et à mesure de leur périple. En cela, ils enrichissent considérablement la trame de l’intrigue et ajoutent à l’univers une multitude de nuances.

Il existe des centaines de romans de science-fiction qui incluent des histoires dans l’histoire, tout comme il existe également des dizaines de combinaisons possibles pour les organiser les unes par rapport aux autres.

« Excusez mon retard, mon amour, il se trouve que…
(13 chapitres plus tard) — Oh mon dieu, c’est la plus belle histoire que j’ai jamais entendue. Pour ma part…
(13 chapitres plus tard) — Comme cela a dû être terrible… Épousez-moi !

5. Ajoute un opposant de plus

Le méchant est mort, ma chérie. Vous êtes sauvée !

Le méchant est mort, le gentil a gagné. Ouéééé.

Qu’est-ce qu’on s’emmerde.

Sais-tu comment Sergio Leone a fait d’un western chiant un fabuleux western ? Au lieu de l’appeler « Le Bon et le truand », il a rajouté une brute, faisant d’un simple duel un… une truelle (?) épique avec un jeu de regards insoutenables. Tout le monde est contre tout le monde, mais qui est plus contre l’un que contre l’autre, et de combien ? Sur qui tirer le premier, compte tenu des forces et des faiblesses de chacun ?

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Celui du milieu est clairement en train de se dire « Glurps ».

En science-fiction comme dans tous les autres genres, ajouter un nouvel opposant est un moyen très efficace de rebattre les cartes et changer les règles du jeu pour générer un savant mélange d’oppositions et d’alliances improvisées et inédites.

Prenons l’exemple de deux jeux vidéos très célèbres, histoire de partir sur des références connues. StarCraft oppose Humains, Protoss et Zergs, ces derniers étant d’infâmes organismes parasitaires à esprit de ruche se reproduisant comme des virus. Lorsque les deux premiers s’écharpent à coups de laser et que les troisièmes larrons surgissent, la civilisation est en péril ! Cessons notre petit différend entre races civilisées un instant, voulez-vous ; unissons nos forces et nous nous réécharperons ensuite. Vous reprendrez bien un peu de thé ?

Quant à Halo, il oppose Humains, Covenants et Flood, ces derniers étant… Eh bien, d’infâmes organismes parasitaires à esprit de ruche se reproduisant comme des virus.

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Sans compter celui-là, à qui chacun a bien eu envie à un moment donné de gentiment casser la gueule.

Okay, tu as pigé le principe. Là où ça devient cool, c’est qu’en plus il y a des dissensions entre factions d’une même race et que humains, contre-humains, protoss, contre-protoss, zergs et contre-zergs s’allient les uns les autres dans un joyeux foutoir que même un diplomate huitième dan est incapable de suivre tant les traités d’alliance se rompent et se succèdent avant que l’encre des signatures n’ait le temps de sécher.

Le cycle de Honor Harrington, par David Weber, détaille sur ses douze premiers romans (et encore, seulement ceux du cycle principal) une confrontation à échelle cosmique entre deux nations en prise à une lutte à mort. Lorsque cette confrontation en vient à s’essouffler – douze bouquins, tu m’étonnes – l’auteur ajoute avec génie un troisième protagoniste bien plus énorme et dangereux qui va venir quelque peu modifier l’équilibre des forces en présence et créer une nouvelle source d’oppositions à des échelles sans commune mesure avec les précédentes.

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Honor Harrington XIII, le retour de la suite : cette fois, elle va vraiment leur péter la gueule.

Je ne te raconte pas le choc pour ma part en découvrant les changements produits par l’irruption de ce nouvel adversaire ; en tant que grand fan de la saga, je n’ai pas honte de dire que j’ai mis des semaines à m’en remettre.

« Le méchant est mort, ma chérie. Vous êtes sauvée !
— Trop tard. Jean-Kevin est arrivé avant.
— Jean-Kevin ? Mais mon aimé, tu m’avais promis ton coeur ! Comment oses-tu ?
— Je sais, sergent. Mais c’était avant de trouver la prisonnière et de devenir, comme vous, hétéro-curieux.

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